20 juin 2013

La douleur demain

Il fait encore nuit dehors. La mère entre dans la chambre aux volets fermés. Elle se penche au-dessus du lit. 


– C'est  l'heure de se lever.

L'enfant ouvre un œil et regarde autour de lui. Il semble réfléchir un instant.

– J'ai mal aux dents. Je ne veux pas aller à l'école.

La mère soupire et sort de l'étui le cérébroscope qu'elle dirige vers la tête de son fils pendant quelques secondes. Puis l'appareil émet un «bip», la mère l'approche de ses yeux.

– Faim, légère fatigue et tu attends les vacances avec impatience ! Aucune trace de ton mal de dents. Allez debout. 
Pouvons-nous accepter que le patient ne souffre pas lorsque le cérébroscope ne repère pas de douleur dans son cerveau ? Mais la question ne se pose plus dès lors que le concept de douleur s'est modifié. Elle ne peut plus se formuler parce que la douleur est maintenant, par définition, ce que mesure le cérébroscope. [...]. Cela ne signifie pas forcément que nous ne souffririons pas dans l'ancien sens de la douleur mais seulement que cette douleur est devenue un «rien», quelque chose qui ne se dénomme pas et n'a donc pas de place dans notre monde commun.

Pierre Cassou-Noguès - Lire le cerveau

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