8 octobre 2013

La pluie sur le toit


Réveil en musique: il pleut. Rester couché surtout:  écrire n'est plus de mise quand la pluie sur le toit chante sans effort, et son vers est impair et passe en sautillant. Parfois c'est un enfant à cloche-pied qui perd ses billes, s'arrête brusquement, les ramasse et l'on entend voler une mouche survivante; parfois, c'est une promenade d'oiseaux qui picorent on ne sait quoi, et le vers est régulier, et la césure. Ce qu'il dit importe peu: c'est l'âme des choses qu'on croyait en allée pour toujours et qui revient, remplit les creux. On s'en rend compte dès que la pluie a tourné le coin de la rue, pas besoin d'ouvrir les yeux. Le silence n'est plus l'absence de bruits, mais la voix soudaine en nous, accordée, complice, de la vie et de l'être. Le temps ne passe plus. Et la terre est enfin bleue comme une orange. Les poètes ont toujours raison.
Guy Goffette - Extrait de Partance 

Tiré de Partance, ce texte magnifique édité dans  Les derniers planteurs de fumée, Folio 2 €, qui sent bon la Semois et le pays de Jodoigne, lieu de naissance de Goffette. Chantre du voyage immobile, il vous en parle comme un enchantement. 

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