24 mars 2014

Jeune vieillard assis sur une pierre en bois - G-O Châteaureynaud


Avec la réputation de l'auteur en garantie, j'ai cédé au goût du jour, à un de ces titres fleuves avant-coureurs de récits mièvres et fantaisistes pour un esprit méfiant. Rien de cela : ce recueil de nouvelles n'a rien du roman de gare ou de supermarché (comprenez bien, ce n'est pas du mépris mais ils ne répondent plus - j'en ai lu - aux attentes d'un explorateur qui en a vu tant) et le bandeau ne ment pas : voici de bonnes nouvelles !

S'il ne fallait les relire que pour l'écriture, je le ferais, tant il est précieux aujourd'hui de rencontrer des auteurs francophones qui écrivent de manière soignée, avec des allures désuètes qui témoignent d'une maîtrise du vocabulaire. Ces écrivains qui n'hésitent pas à semer ici ou là un mot rare dont on veut chercher la signification, car l'auteur a établi d'emblée une autorité intellectuelle dont on n'a pas envie de se soustraire. Châteaureynaud a en outre la bonne idée de se documenter précisément sur les sujets qu'il exploite, comme la peinture sous verre (Yves Siffer, Marie Amalia fille de Suzy Bartolini), dans Les Amants sous verre ou les duels au sabre des étudiants du Burschenschaft dans la belle histoire La Face perdue qui rappelle les meilleurs contes de Poe.
Le lapin aux pensées - Marie Amalia
La littérature fantastique est plus apte,  selon Châteaureynaud, a saisir la réalité de l'être que les courants réalistes. Dans un entretien, il précise que «son» fantastique (il hésite à utiliser ce terme, porteur aujourd'hui d'autres genres de récits axés sur la peur) est plutôt de l'insolite, un décalage par rapport au réel, où il s'agit toujours de recoller à la réalité et de parler d'elle sans susciter la frayeur.

Les huit nouvelles, comme c'est l'usage chez lui, sont proposées de façon chronologique, écrites à Palaiseau de 2002 à 2011. Il n'y aurait pas a priori d'axe thématique, mais l'âge de l'écrivain né en 1947 le rattrape, comme en témoignent certaines pages placées sous le signe du vieillissement et des frustrations qui l'accompagnent, principalement dans le premier récit, le plus beau selon moi, Les Amants sous verre. Si vous ne deviez en lire qu'un, lisez celui-là, il m'a transporté. Il avait été édité séparément en 2002 (Le Verger éditeur) et 2004 (Facilire - Encre bleue).


Consultant mes notes de lecture, je découvre deux titres de l'auteur : Le Héros blessé au bras, apprécié, et La faculté des songes, qui, avec un titre aussi prometteur, n'avait apparemment pas trouvé mon estime. Il faudra que je le relise avec ce même œil qui, ravi, s'est complu dans ce dernier éventail du spécialiste français du genre.


Vous ferez  d'avantage connaissance avec Georges-Olivier Châteaureynaud sur Eparvay.
Jour de fête - Marie Amalia

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