29 mars 2014

Portraits

Portrait de Baudelaire - Courbet

Ce qui est étonnant dans le portrait, c'est qu'il nous donne à connaître l'homme, tel homme, dans la contingence dont je parlais, mais si c'est un grand portrait il nous donne à voir une sorte de contingence généralisée : les plus beaux sont ceux où l'homme se défait, se dénoue, disparaît dans un reflet, une collerette, un pourpoint, un décor, un sourire, un air – quand on se dit que c'est aussi bien le temps qui passe ou le temps qu'il fait que le peintre a peint, dans le même mouvement qu'il a peint cet homme-là, cette femme-là. 

[...].
Alors bien sûr ce saisissement, cet effet de présence humaine brutale mêlée au comble de l'art que me donne le portrait peint, j'ai voulu en user en littérature. Je voudrais évoquer des hommes avec cet effet presque hallucinatoire qui fait la force des grands portraits. C'est un art d'évocation que je cherche, un art d'apparition. Comme un peintre, c'est une image, une image d'homme, que je veux faire apparaître. Rien n'est plus simple - mais comme il me paraît difficile de se dire un jour, comme Vinci : «Il m'arriva de faire une image de femme merveilleuse.»

Pierre Michon - Le roi vient quand il veut 

La comtesse de Carpio, marquise de la Solana - Goya
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