11 janvier 2014

Nouvelles orientales - Marguerite Yourcenar


Les nouvelles que j'ai eu la satisfaction d'écouter grâce à la voix de Christian Gonon sont parues en librairie en 1938. Je confirme le dithyrambe de l'Express Livres (2011) : elles constituent un véritable joyau où la langue française semble s'enivrer de sa beauté et de son invention.

Dix nouvelles, dix contes qui sont, pour la plupart, des transcriptions de fables et légendes authentiques, plus ou moins librement développées par Marguerite Yourcenar. Comment Wang-Fô fut sauvé s'inspire d'un apologue taoïste de la vieille Chine, Le sourire de Marko et Le lait de la Mort proviennent de ballades balkaniques, Kâli décapitée dérive d'un inépuisable conte hindou, L'homme qui a aimé les Néréides et La veuve Aphrodisia viennent de faits-divers et légendes grecs, et Notre-Dame des hirondelles a été inspirée à l'auteur pour expliquer le nom d'une chapelle de la campagne attique. Enfin, Le dernier amour du prince Genghi invente audacieusement une fin à un grand texte littéraire japonais qui raconte les aventures d'un donjuan asiatique.
Marguerite Yourcenar
Pastel de Charlotte Musson (Musée Élise Rieuf)

Par l'écriture de ces textes, Yourcenar affirme le « devoir de repenser » d'un écrivain et ceci sans aucune culpabilité. Quelques précisions de l'auteur : Kâli décapitée a été réécrite  afin d'y souligner davantage certaines vues métaphysiques. La fin de Marko Kraliévitch, plus récente, composée en 1978, répond à vieux projet de Yourcenar ayant pour point de départ une ballade serbe qui évoque ce personnage populaire. La tristesse de Cornelius Berg n'a rien d'oriental, elle correspond à la fin d'un roman inachevé que Yourcenar a tenu à inclure dans la série pour la mettre en regard du grand peintre chinois Wang-Fô, perdu et sauvé à l'intérieur de son œuvre (dans le premier récit).

Nimbées de la féerie des ballades anciennes et des chants oubliés, ces nouvelles s'opposent à l'époque contemporaine, celle de Yourcenar, la nôtre, avec la réalité quotidienne d'une société qui perd sens et symboles. Tradition artistique et création littéraire s'y unissent pour remettre l'homme à nu, devant la guerre, la politique, l'amour et la mort. On songe aux Nouvelles asiatiques de Gobineau dont elles sont le pendant, dixit Yourcenar. Ne manquez pas l'histoire du peintre Wang-Fô, si vous choisissez de n'en aborder qu'une. 

Pour inaugurer les comptes-rendus de livres écoutés, quelques mots brefs sur ma perception du média.
  • Merci pour les yeux  : les soucis de vue et d'éclairage sont esquivés. Il est permis d'écouter dans le noir. 
  • La perte d'attention demande une manœuvre sur le lecteur : il est important que ce dernier le permette aisément. Je note qu'il m'est plus facile de revenir quelques lignes en arrière sur une page que de rembobiner mon mp3 pour retrouver l'endroit de la glissade.
  • La voix de l'interprète doit être plaisante : il en est qui peuvent agacer, particulièrement parmi les livres audio gratuits. Un petit défaut d'élocution devient insupportable au bout d'un quart d'heure. Il n'y a pas que des Dussolier ou des Gonon parmi les lecteurs.
  • Avis très personnel : je préfère disposer du texte imprimé (ou électronique) afin d'y revenir après l'écoute ou pour la précéder. La seconde façon me convient pour écouter des passages de Proust  par exemple.
  • Durée d'écoute: quinze minutes pour dix pages de texte, en moyenne.
Un site payant: AudiolibDeux sites libres : Littérature audio et Audiocité.


Commentaires





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire