11 juin 2015

Pince de star


Serrer la main de quelqu'un me déclenche toujours des frissons : oh ! l'intimité moite d'un geste que rien ne justifie, l'impression épouvantable de pomper et de se faire pomper associée à l'impossibilité de savoir quand se dégager et récupérer sa pauvre paluche étrécie dans l'opération ; mais Dawn Devonport a dû prendre des leçons en la matière, car sa main veineuse avait à peine effleuré la mienne qu'elle la retirait vivement – non, pas vivement, mais en une caresse preste et glissante qui s'est attardée un quart de seconde à l'instant précis où elle lâchait prise, à l'image des trapézistes dont  les doigts se déprennent en un geste langoureux et apparemment lourd de mélancolie quand ils se séparent dans les airs. Elle m'a décoché aussi ce même soupçon de sourire cum-coup-d'œil-flou-sur-le-côté dont elle avait gratifié Toby avant de se reculer, et, une minute plus tard, on entrait tous dans une pièce du rez-de-chaussée, haute de plafond et dotée de nombreuses fenêtres, trébuchant derrière la star, la star des stars, telle une bande de forçats traînant des fers invisibles et se marchant sur les pieds. 

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