12 juillet 2015

Le temps qu'il fera

Comment vont évoluer les conditions climatiques sur Roland-Garros cet après-midi ? Quelle sera la température de la piste n°2 à l'atterrissage à Zaventem ? Faut-il rentrer les plantes de la terrasse à cause de la tempête annoncée ? Et notre séjour à la côte sera-t-il ensoleillé ? 
Je suis parmi les nombreux qui s'intéressent aux moyens désormais très pointus mis en œuvre pour répondre à nos questions sur le temps qu'il fait et qu'il fera, souvent à l'affût des images satellite/radar et courbes/graphiques de température sur le site de l'IRM (Institut Royal de Météorologie) de Belgique. Ce livre sur les métiers et techniques de la météorologie est pour moi.

Rédigé par deux météorologues français, Joël Collado et Jean-Christophe Vincendon (Météo France), il constitue un ouvrage complet d'initiation à la science des prévisions climatiques. Dans les premières parties sont documentées l'histoire de son développement depuis l'Antiquité et l'évolution des appareils utilisés par les spécialistes. Puis vient la présentation des méthodes prévisionnelles, avec les différents modèles numériques rendus de plus en plus efficaces par les développements de l'informatique (certains calculateurs vont jusqu'à réaliser dix millions de milliards d'opérations à la seconde). Aperçu bien distinct des procédures différentes selon la durée du scénario envisagé, d'une heure à un mois. Insistance sur la notion de prévisibilité qui dépend de la taille du phénomène : plus celui-ci est grand, plus il dure, ce qui influence les fourchettes des prévisions. Tandis que les théories probabilistes n'entrent en jeu qu'à partir de prévisions au-delà de quatre jours. 
Il ressort des explications proposées que si le calcul automatisé sur les nombreuses données collectées permet des prévisions fiables à court terme (un ou deux jours maximum), le rôle joué par les prévisionnistes devient essentiel au-delà, car il convient alors d'expertiser les résultats des différents "runs" des modèles pour établir une prévision cohérente. 

Compte tenu du niveau de pointe de Météo France, ce livre a des références de choix, même si de nos jours la collaboration internationale est un élément-clé de la qualité des prévisions climatiques (le meilleur modèle de prévisions au monde serait celui du Centre Européen de Prévision – CEPMMT –  basé à reading en Grande-Bretagne). 


L'album est présenté en grand format (A4), solidement cartonné, très bien relié, papier épais agréable, presque satiné. On ne regrette que l'absence d'un index précis qui lui conférerait la qualité d'un ouvrage de référence. Toutes les explications souhaitables y sont, c'est un ouvrage complet, mais il peut s'avérer compliqué, a posteriori, de retrouver, parmi les 168 pages, des notions fondamentales telles que, par exemple, le sens de rotation des cyclones et anticyclones dans les hémisphères ou les différences entre deux modèles prévisionnels tels que AROME et ARPEGE. Il faut insister sur la qualité des illustrations diversifiées, photos historiques ou actuelles, schémas et cartes. Vous trouverez notamment une reproduction de la carte météo du 6 juin 1944 à sept heures du matin. Ou encore les cartes du suivi détaillé de la tempête  Qumeira qui a touché les côtes bretonnes les 6-7 février 2014. 

Étonnement en découvrant une reproduction des aquarelles du ciel qu'André Des Gachons (1871-1951) envoyait régulièrement au bureau central de météorologie en tant que correspondant attitré, assorties d'observations de température et de pression. Rappelons qu'il fut illustrateur des œuvres de Flaubert, Verlaine et Théophile Gautier.

Aquarelles météorologiques de Des Gachons (9 janvier 1916)

Étonnement encore devant la convention ENMOD. Lors de la guerre froide, les grands blocs ont exploré les possibilités d'influer la météo à des fins militaires. Ainsi durant la guerre du Vietnam, le projet "Popeye " mené aux États-Unis avait pour but de prolonger la mousson par l'ensemencement des nuages avec de l'iodure d'argent afin de gêner la logistique ennemie. En 1978, l'ONU adopte ce traité qui interdit les techniques de modification de l'environnement à des fins hostiles. Il comptait 76 États parties en février 2015, dont 48 signataires.

Les dictons populaires ne sont pas oubliés : "Prudence ! Ils ne sont pas tous fondés sur l'observation et l'expérience", insistent les auteurs. 
"En lune rousse, rien ne pousse" est plutôt infirmé : la lune rousse est la lunaison après Pâques où le gel roussit les jeunes feuilles et premiers bourgeons. Rien à voir avec la couleur de l'astre. Par contre "Soleil rouge au couchant annonce du soleil au levant" est souvent vrai, car l'horizon apparaît rouge au crépuscule lorsque l'atmosphère est sèche, mais gris quand elle est humide. Or nos perturbations d'Europe viennent la plupart du temps de l'ouest, où se couche le soleil.


Ce livre séduisant et soigné comblera les attentes d'un public de tous âges, curieux d'être correctement au fait de la science météorologique, de son évolution et de ses limites. Écoutez l'entretien radiophonique des auteurs dans La tête au carré (France-Inter).

Mes cordiaux remerciements aux Nouvelles Éditions Loubatières et à Babelio (opération Masse Critique) qui m'ont généreusement permis d'en disposer.

12 commentaires:

  1. ça m'amuse vraiment, cet hiver j'ai eu envie de lire sur la météo car je suis très peu attentive au temps qu'il fait sauf à subir une canicule, pour le reste je ne m'inquiète que rarement du temps qu'il va faire ce qui fait que je sors régulièrement sans parapluie alors que ....
    je trouve le sujet tout à fait passionnant, ce que j'ai lu moi faisait plus référence aux réactions des personnes, aux clichés concernant la météo
    je note celui là je vais peut être le trouver en bibliothèque
    la tornade qui vient de s'abattre près de Venise fait froid dans le dos

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    1. Je me dis que si vous êtes moins attentive au temps, il se peut que vous ayez moins à subir le climat pluvieux et frais de Belgique.. Quand le printemps arrive, l'onglet météo est ouvert en permanence sur mon Google.
      J'espère que vous le trouverez chez vous, mais c'est un bon album bien fait. Un peu cher mais il est bien relié, c'est rare aujourd'hui !.

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  2. Ce sujet me ramène des années en arrière, au temps de mes études de romane. Mon père travaillait dans l'aviation et me ramenait de grosses piles de cartes météo N/B sur feuilles A4 imprimées d'un seul côté - du bon papier dont je me servais pour prendre note au cours. Il doit m'en rester dans mes cartons.
    Une anecdote pour vous souhaiter bon dimanche.

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    1. Que faire des cartes météo si vite obsolètes...? Des notes de cours tiens ! Bonne idée.
      Selon le livre, 25% des moyens de Météo France vont à la composante aviation. C'est fondamental en ce domaine. J'ai pu le mesurer, l'an passé, lors d'un vol en cabines avec un transporteur TNT (invitation d'un ami pilote) : les pilotes, même en escale, passent leur temps à ausculter la météo sur leur smartphone avant même les infos de vol au décollage. Une vraie obsession avec la consommation de carburant.
      De nos jours, toutes les grandes compagnies commerciales envoient les paramètres climatiques enregistrés en vol aux météorologues.

      Voilà encore des anecdotes, un peu en mémoire de votre père, alors. Bonne semaine à vous

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  3. Si un sujet me paraît rébarbatif, c'est bien celui-là. Je regarde régulièrement la carte le soir, en sachant que tout peut changer dans la nuit, mais à part cela, je ne m'intéresse pas à ce qu'il y a derrière. J'aurais fait une très mauvaise scientifique.

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    1. Je reconnais aimer les sciences - appliquées ou humaines, je laisse les dures aux grosses têtes – et je suis toujours prêt à creuser un sujet pour le comprendre. Vous semblez plutôt fuir tout cela, il me semble ?
      L'important est de remplir son temps (je n'aime pas cette formule qui s'entendrait bien avec un soupir las), vous ne vous ennuyez pas et c'est le principal.

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  4. Les baromètres sont des appareils que j'ai toujours trouvés fascinants. Chez mes parents, chez ma grand-mère, chacun en passant faisait toc-toc et claironnait le résultat!
    Sinon ici, à part en été où le ciel est d'un bleu muet, je me fie plus de mon observation du vent, de sa vitesse et direction, des nuages pour prévoir les heures à venir! À force d'observer, tels les paysans, on finit par devenir assez bonne en prédictions.
    Je comprends donc fort bien les passionnés de météo.
    Merci, bonne semaine

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    1. Il y a loin des anciens baromètres parlants aux stations météo domestiques radio-pilotées d'aujourd'hui !

      Je comprends qu'il soit possible d'évaluer l'atmosphère générale des prochaines heures grâce à un bon «feeling», mais je ne serais pas très rassuré si les pilotes de mon prochain vol ne s'assuraient de son bon déroulement qu'en se contentant d'observer le ciel et le vent du bord de la piste....;)
      Ce matin, Annie part faire des courses et elle me fait la bise en tee-shirt. Je lui dis qu'on prévoit de la pluie et j'active en même temps l'onglet de l'IRM sur l'ordi qui donne les images radar des précipitations. Je lui montre les pluies qui dépassent Bruxelles et avancent vers nous. «Ce n'est rien, j''ai le temps ! » me dit-elle.
      Cinq minutes après, elle revient en catastrophe prendre son K-way, il tombe des gouttes...
      (Bouffée de condescendance : «je te l'avais dit»).

      Combien de fois ces images radar ne m'ont-elles pas préservé de la douche, quelquefois aussi elles m'ont réjoui quand, devant un ciel bouché, je voyais la perturbation s'éloigner définitivement...

      Anecdote mise à part, l'aspect technique de la météo et surtout les modèles de prévision sont un sujet qui vaut le détour, je trouve. J'ai appris dans le livre que les statistiques (les probabilités théoriques) n'entrent pas en ligne de compte dans ces modèles pour les prévisions inférieures à quatre jours. C'est costaud quand même.

      Mais je n'en finis pas : bonne soirée Colette, à bientôt.

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    2. Oui, oui, ces modèles sont passionnants, vous avez raison. Tant de variables entrent en compte que le commun des mortels pense (moi aussi parfois) que les météorologues se "trompent toujours". Faux bien sûr.
      Mais je dois vous avouer aussi que l'idée de "tout savoir" à l'avance, (qui permet d'éviter bien des catastrophes), enlève au quotidien le côté surprenant, drôle de la vie...non?

      Bon, bon, dans ce petit matin bleu uniforme, je vous souhaite une excellente journée. Et un grand bonjour à Annie.

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    3. Dans le monde que nous vivons il faut savoir garder la spontanéité, le charme du secret des choses, c'est vrai et en cela, vous savez que je vous rejoins.
      J'éprouve fort cela lorsque en villégiature, en déplacement pour quelques jours, quand je suis déconnecté des médias habituels qui "savent tout à l'avance". Une autre saveur de vivre, pour quelques heures, quelques jours.
      Gris gris ici, – mais c'est provisoire d'après, mais oui la météo ;) – et vous avez le bonjour d'Annie.

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  5. Joel Collado, je connais pour l'écouter (ou l'avoir écouté?) sur France Inter; ce livre me plairait donc beaucoup (et puis la météo est le sujet de conversation universel, non? ^_^)

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    1. Ici nous avons d'autres voix, d'autres visages de l'information météo. Je me rappelle bien du sympathique Jules Metz, dit monsieur Météo, qui agrémentait ses prévisions de dictons populaires. Sujet universel, en effet, qui sert parfois à agrémenter le contact, à dégeler ou meubler un début de conversation.

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