25 août 2015

Le compagnon des taiseux

[...]. Le vent souffle dehors, des images muettes défilent sur l’écran. Là-dessus, la voix de Jean-Yves prend toute sa place, à sa mesure, puissante, chaleureuse, sans risque pour moi de devoir combler les silences. J’aime l’écouter, le regarder, ça me repose. Quand chez d’autres c’est un monologue qui n’en finit pas et ne vaut que par le flux continu qui se répand et soulage celui qui parle, ou alors simplement il s’en régale et celui d’en face qui l’écoute et a la même faim n’a qu’à faire abstinence, quand d’autres font irruption et déversent à vos pieds les tonnes dont ils sont excédentaires, comme devant les grilles de la sous-préfecture, les revendications en moins, quand ils vous parlent et vous pourriez être n’importe quoi de vivant ou non, n’importe quelle surface réfléchissante, ils parleraient pareil, Jean-Yves lui a une façon d’occuper le terrain qui vous soulage de devoir le faire, et en même temps vous interpelle, et bizarrement toujours ce qu’il dit vous concerne, et quand l’intérêt baisse, d’instinct il redresse la barre, il a un savoir-faire pour ça, si bien qu’au final c’est le compagnon idéal des timides, des taiseux, et des jours de blues.

Élisabeth Filhol - La centrale
Élisabeth Filhol © Photo Fabien Tijou - Libération


---

Il semble que certaines personnes éprouvent parfois des problèmes techniques pour déposer des commentaires sur ce blog. Pouvez-vous m'avertir si cela vous arrive, en précisant ce qui se passe sur votre écran et en indiquant votre navigateur ? Merci à toutes et tous.

10 commentaires:

  1. Bonjour, voici mon commentaire de libellule

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous avez en tout cas réussi à poster ceci, un peu mystérieux, mais ça fonctionne...
      Merci.

      Supprimer
  2. Un bel extrait - il n'y a pas que chez Proust qu'on rencontre des "monologuistes".

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je préfère les monologues proustiens aux bavards qui soliloquent et soûlent.
      J'aime le rythme de cette phrase qui s'éparpille dans le chahut pour illustrer le flux perturbant puis retrouve sa sérénité dans des sonorités ouateuses, ...taiseux, ...blues.

      Supprimer
  3. Voyons si cette fois la chance sourit aux mots.
    Très bel extrait, oui!
    Sans aucun doute quand on est bavard, il est primordial de tenir ( grand) compte de son interlocuteur; cela arrive rarement, hélas. Je préfère les taiseux.
    Bonne journée

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Il y a des personnes que le silence dérange, il se sentent obligés de parler alors qu'il y a des silences plus éloquents que des paroles.
      Il existe aussi des bavards qui disent tout le temps des choses intéressantes, mais en soliloquant. Dès lors je préfère les taiseux. Je le suis assez, il m'arrive de rester une journée entière sans rien dire, sans avoir la sensation de manquer de quoi que ce soit.

      NB: lorsque que j'écris en espagnol sur Espaces&Instants, je n'ai que le mérite de savoir (bien) me servir du logiciel en ligne Reverso
      Bonne soirée ;)

      Supprimer
    2. Nous pourrions nous triaire tous trois ensemble ;-)

      Supprimer
    3. Parole d'argent, écoute d'or. ;)

      Supprimer
  4. Intéressant, ce livre. Je vais l'écrire sur le cahier de suggestion à la bibliothèque.
    Merci.
    Je n'en dis pas plus....
    Si : Bon week end !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon week-end Bonheur ! J'espère que votre bibliothèque s'enrichira de "La centrale".

      Supprimer