28 novembre 2015

Best-seller

...chaque œuvre littéraire nous révèle un aspect de nous-mêmes dont nous ne saurions pas que c'est le nôtre si nous ne disposions pas de ce miroir : chacune découvre – au sens le plus littéral du terme – une dimension insoupçonnée du moi. Elle est un miroir moins parce qu'elle renvoie passivement une image que parce qu'elle transforme la conscience de soi du lecteur, qui, grâce son identification à l'image reconnaît ce qu'il est. Prise en ce sens, la littérature est transfigurative, et cela d'une manière qui court-circuite la distinction entre fiction et vérité. 

Arthur Danto - L'assujettissement philosophique de l'art (1993)


Cette fonction attribuée par Danto à la grande littérature est citée, de façon peut-être ironique, par Eva Illouz dans Hard romance - Cinquante nuances de Grey et nous (2014). L'intellectuelle israélienne expose dans cet ouvrage comment elle analyse et explique l'énorme succès rencontré par la romance érotique (125 millions d'exemplaires pour la trilogie). Précisions dans les prochains jours.



8 commentaires:

  1. En lisant le début de votre billet, je n'aurais jamais pensé arriver à "cinquante nuances de Grey". J'attends la suite avec curiosité.

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    1. En fait, je propose une citation de Danto que Eva Illouz reprend à la fin de son livre (un peu ironiquement car "50 nuances..." n'est pas de la grand littérature), après avoir expliqué en quoi elle voit dans ce roman un aspect sociologique qui, selon elle, expliquerait son succès. Mais je tente de vous expliquer tout cela dans un ou deux prochains billets.
      Bon week-end Aifelle.

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  2. S'agit-il vraiment d'une œuvre littéraire ? (J'ai bien lu vos précautions oratoires, si si.)
    Belle citation de Danto. Bon week-end, Christw.

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    1. Tout dépend de ce qu'on appelle œuvre littéraire ;)
      Il est significatif, bien que compliqué, d'examiner ce que peut révéler l'engouement suscité par ces livres.
      Un bon week-end Tania.

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  3. La citation initiale me parle; pas tellement que je pense que l'on doive se chercher ( et/ou se trouver un peu) dans une oeuvre mais plutôt qu'elle nous met dans des situations où cet effet de miroir joue indubitablement.
    Bon week-end à vous.

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    1. Je ne lis jamais (je n'ai jamais lu) un livre pour m'y découvrir une dimension insoupçonnée, mais il arrive que cela se produise. Il est plus fréquent de reconnaître un trait que l'on se connaît et cela crée une intimité supplémentaire avec le récit, avec l'auteur, sans qu'il s'agisse de «transfiguration».
      À bientôt Colette, bonne soirée.

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  4. Belle citation inaugurale dans ce billet ! .
    Je rejoins Christw et sur la surprise (l'insoupçonné) et sur l'exposition qui permet peut-être de préciser /de mieux cerner un trait que l'on se connaît. On ne fait que persévérer !
    Et puis il y a une intention quand on empoigne le livre, on l'a "choisi"...
    Bon dimanche

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    1. Le choix d'un livre n'est pas anodin, ne fût-ce que parce qu'on a dit OUI à la lecture !
      ;
      Bonne semaine !

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