30 septembre 2016

Golem

Le pitch est simple : un maître d'échecs d'origine juive est opéré par un neurochirurgien, ami d'enfance, afin de pallier ses crises d'épilepsie et il s'aperçoit que le médecin a implanté dans son cerveau, à son insu et à des fins suspectes, un dispositif destiné à augmenter ses capacités mémorielles. De surcroît, le joueur d'échecs est accusé d'avoir fomenté l'accident mortel de son épouse, ce qui le contraint à se cacher et à fuir.

Pierre Assouline mêle thriller et essai dans une réflexion sur le post-humanisme, ce tournant qui voit la science et la technique conférer à l'être humain des capacités physiques et intellectuelles supérieures grâce à la technoscience. Le mythe du Golem vient de la mythologie juive : "un être artificiel, généralement humanoïde, fait d’argile, incapable de parole et dépourvu de libre-arbitre façonné afin d’assister ou défendre son créateur". (Wikipédia).

À pic, le "Magazine Littéraire" (Assouline y est éditorialiste et conseiller de rédaction) de juillet-août 2016 propose un dossier sur le post-humanisme, dans lequel un article de Brigitte Munier désigne le golem comme "la matrice de nos angoisses face aux technologies contemporaines", le tabou ultime étant la réplication de l'humain. 

Le récit juif du golem insinue la possibilité d'un homme sans âme, tel est le cœur de la question : "... si l'homme peut créer artificiellement son semblable (le golem), c'est que l'humain est reproductible et ne se définit point par un principe spirituel irréductible, une âme transcendante, comme le pensa la philosophie occidentale pendant plus de vingt-cinq siècles." (B. Munier)

Si l'homme peut se fabriquer, qu'en est-il de la conscience, de l'intériorité, conditions de l'exercice de la liberté et de la morale ? La question de l'exception humaine se pose, car aujourd'hui, alors qu'on ne croit plus guère à l'âme, comment justifier la croyance en notre spécificité de la nature humaine ?

Le roman d'Assouline offre quelques pistes, il conduit le personnage sur les traces de ses ancêtres, parmi les communautés religieuses juives de l'Europe centrale. "Toute l’œuvre de Pierre Assouline est hantée par ce que Bernard-Henri Levy, s’inspirant de Chateaubriand, appelle dans son futur – et très attendu – essai : « Le génie du Judaïsme »", écrit Annick Geille dans le salon littéraire de Linternaute.


Dans un entretien pour Gallimard, l'auteur explique : "Je pense que le lecteur intéressé par des questions éthiques sur les neurosciences le verra d’abord comme un essai. Pour ma part, je l’ai conçu comme un thriller, tout simplement parce que j’aime les thrillers et qu’avec ce genre de livre ma liberté d’invention, de recréation, est totale, c’est un grand plaisir d’écriture.

Golems (Prague) - © Flickr RM 

Note : "Mon Golem à moi", article de Rafael Pic sur l'exposition au Musée d'art et d'histoire du Judaïsme (mars-juillet 2017) dans le n°1171 de La Quinzaine Littéraire.

10 commentaires:

  1. un Golem des temps modernes certainement intéressant
    Les neurosciences sont vraiment une des sciences de demain

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Assouline a choisi de juxtaposer, à travers les deux opérations pratiquées en parallèle sur le personnage, deux aspects opposés de la neuroscience : l'une pour améliorer une pathologie et l'autre pour augmenter l'homme à des fins plus obscures (un joueur d'échecs hors norme capable de mémoriser une infinité de parties). C'est bien vu pour poser les questions éthiques.

      Supprimer
  2. J'ai entendu Pierre Assouline assez longuement à la radio sur ce livre, c'était intéressant, mais je ne suis pas sûre que son livre m'enthousiasmerait. J'aime mieux un genre bien net, soit essai, soit roman.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Les questions éthiques posées par les neurosciences, par l'être humain amélioré, s'abordent peut-être plus aisément par l'entremise d'un récit ?

      Supprimer
  3. Assouline sait rendre accessibles des questions pointues, je retiens ce titre. Notre époque est paradoxale : l'avancée des recherches scientifiques est étonnante et en même temps nous traversons une espèce de crise permanente quant à la manière dont les humains peuvent vivre ensemble.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai, les avancées scientifiques sont malheureusement plus au service du profit que de la vie sociale.
      Coïncidence, je viens de parcourir une page d'un petit livre (sur l'économie) : "Et si la société existait vraiment ?"
      J'essaierai d'y revenir.

      Supprimer
  4. Je suis passée complètement à côté de ce roman. Sujet intéressant ! je le note pour une sortie en poche...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Hormis le sujet et les questions éthiques bien posées, je n'ai pas vraiment été emballé, dans la seconde partie du livre, il me semble que suspense et essai se nuisent.
      Mais globalement, un achat poche à retenir.

      Supprimer
  5. J'avais lu sigmarigen de cet auteur que j'avais beaucoup apprécié. Je note ce roman : thriller mais cela me fait aussi penser à la SF, non ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pas du tout SF, c'est plutôt une réflexion sur les avancées de la science et leur impact sur notre façon d'être et de vivre, bref sur les questions posées par le post-humanisme, à travers un suspense: le joueur d'échec "augmenté", suspecté d'avoir tué son épouse, poursuivi par le chirurgien malfaisant et la police.

      Supprimer