16 novembre 2016

L'économie par l'autre bout

Cinquante questions pour comprendre l'économie
editions-tredaniel.com 
Traduit de l'anglais par Daniel Lauzon

Après avoir ramé parmi les projections alarmantes d'un spécialiste, tenté d'élucider courbes et indices boursiers, si l'on prenait l'économie par l'autre bout ? 
Nous savons qu'avec des "si", on refait le monde, alors voici un livre avec des "si". Il pose des questions simples qui ont le mérite de soupeser impacts et conséquences de suggestions saugrenues et improbables, mais fructueuses, car elles permettent de comprendre les fondements de l'économie.

L'ouvrage didactique, intelligent et sympathique, est le fruit d'une collaboration de six personnes (principalement David Boyle du Guardian, mais aussi des dames comme le traitement des sujets l'indique), aux vues progressistes, venues des domaines de la recherche, de l'économie et de l'enseignement au Royaume-UniIl pose une cinquantaine de questions simplistes auxquelles il tente d'apporter réponse.
Le titre du livre ne dicte pas une propagande marxiste [*] : si l'on se réfère au chapitre concerné, on y lit que Marx a dit bien des choses qui ne s'avérèrent pas. Il avait pourtant raison, semble-t-il, en disant «Tout ce qui est solide part en fumée» : à savoir l'érosion, par le capitalisme, des traditions, de la loyauté et des rapports sociaux.

Chaque question correspondant à une séquence d'une page avec, en marge, la rubrique "Et ensuite ?" qui va plus loin – toujours sommairement – dans l'examen de conséquences à long terme, avec quelques chiffres étonnants, ainsi que la référence à d'autres parties du livre en relation avec le sujet. Présentation concise qui constitue un atout pédagogique.

Voici deux sujets qui m'ont spécialement intéressé.  

Et si le but de l'économie était le bien-être ?

N'allons pas dire que l'argent ne contribue pas à rendre heureux, bien qu'il soit difficile de donner une bonne définition du bonheur. Par contre, le fait de consommer plus n'améliore pas le bien-être des gens : "Des recherches menées chez des hommes et des femmes de tous âges et de toutes nationalités, aux parcours professionnels très variés, montrent que les gens qui accordent beaucoup d'importance à l'argent, à leur statut et à leur image, sont moins susceptibles d'être heureux que ceux qui ne s'en préoccupent guère. Le matérialisme n'est pas, semble-t-il, très bon pour la santé". 
Il est peut-être temps de ne plus considérer l'argent comme le principal indicateur de richesse.

"Et si les tâches ménagères étaient payées ?"

Rendons de l'humanité aux sciences économiques en y incluant la liberté, la justice et  les tâches familiales ! 
Dans les pays de l'OCDE, plus du tiers de l'activité économique est assurée par le travail non rémunéré des ménages. Ce dernier, majoritairement le travail des femmes, n'est pas comptabilisé dans un indicateur aussi important que le PIB par habitant. 
Neva Goodwin (auteure de l'avant-propos) : "Je ne connaissais que trop bien la valeur économique que représentent l'éducation des enfants, la santé, l'alimentation, tout ce que peut offrir le giron familial ;... [...]. Je me demandais dans quelle mesure il faudrait taxer le travail salarié pour assurer la rémunération de ces activités absolument vitales. Après avoir étudié mon relevé statistique pendant plusieurs heures, j'en conclus que cette taxe atteindrait au moins 25%."
Une des vertus de ce livre est de mettre l'accent sur le danger de mesures «faciles», celles que nous lançons légèrement autour d'un verre, en société, à la manière de supporteurs qui refont le match au café des sports. 
Prenons les bananes du commerce équitable : il semble évident (équitable) de ne pouvoir acheter que celles-là, bien qu'elles soient un peu plus chères. 
Hélas, certains producteurs de bananes, les plus pauvres, analphabètes, éprouveraient des difficultés parce qu'ils ne peuvent surmonter les exigences administratives requises pour prouver qu'ils satisfont au commerce équitable. 
De même, si le commerce équitable devenait trop généreux, la production devenue très lucrative pousserait plus d'entrepreneurs à en tirer profit. L'offre de bananes excéderait la demande et des fruits seraient invendus, loin du but économique escompté.
Les spéculateurs, le "troupeau électronique", pour reprendre l'expression de l'économiste américain Thomas L. Friedman, n'ont pas une place enviable dans ce livre : "Si on enfermait les spéculateurs dans un petit casino au milieu de nulle part où ils pourraient spéculer autant qu'ils veulent, nous pourrions mettre sur pied un meilleur système pour faire ce que la Bourse est censée faire : aider les entreprises à financer leur expansion."

Puis cette citation de J.M. Keynes :"Lorsque dans un pays, le développement du capital devient le sous-produit de l'activité d'un casino , il risque d'être défectueux."

Tout est dit, sinon un extrait demain. 

[*] le titre original est "What if money grew on trees ?" (Et si l'argent poussait dans les arbres ?)

10 commentaires:

  1. Voilà un livre qui va conforter l'égo de mon mari(économiste)! Il y a quelques années déjà qu'il me dit qu'au fond Marx avait raison..avec des nuances, mais oui.
    Ce qui est sûr c'est que notre système ne favorise plus qu'une poignée de nantis.

    Une île-casino remplie de spéculateurs...l'idée est jouissive!
    Merci, bonne journée Christian.

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    1. Je ne savais pas que votre mari était économiste !
      J'entends qu'il déplore autant que vous, que moi, les dérives du monde libéral d'aujourd'hui.
      Bonne journée Colo.

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  2. un livre dont j'aurais notoirement besoin car l'économie et moi .....

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    1. C'est mon cas, je n'y connais(sais) rien dans ce domaine, ce qui explique ma volonté d'essayer d'améliorer les choses avec quelques livres.

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  3. Il a l'air d'une lecture facile et les questions posées ne manquent pas d'intérêt. Je renâcle en général devant les livres d'économie, mais celui-ci pourrait me convenir.

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    1. J'en suis persuadé. Je ne sais pas si on trouve facilement ce livre en bibliothèque dans votre coin, j'ai mis la main dessus dans une médiathèque de quartier.

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  4. Rendre l’économie accessible au plus grand nombre est le but du « Manuel d’économie critique » du Monde diplomatique:
    https://boutique.monde-diplomatique.fr/manuel-d-economie-critique.html

    Je conseille aussi de Gilles Ardinat: « Comprendre la mondialisation en 10 leçons ». Ouvrage concis, accessible et original: https://www.youtube.com/watch?v=cBHWMz_iD98

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    1. Merci de proposer ces livres.
      Le manuel d'économie critique du MD, je l'ai depuis une semaine et me proposais de le signaler brièvement ici dans un billet à venir dans deux ou trois jours (j'avais déjà le manuel d'histoire critique et je l'ai trouvé remarquable).
      J'ajouterai le second que vous signalez dans le même billet.

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  5. Rien à la bibli, mais ce petit (?) livre me fait bien envie. Tout n'est pas si simple, je sais, mais réfléchir ne peut faire de mal.

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    1. À commander sur internet peut-être, il est broché, de belle facture. Demain je proposerai d'autres lectures sur le sujet.

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