1 novembre 2016

Réformer la religion

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L'article consacré au chaos syrien permet de mesurer, sur un plan géopolitique, les enjeux et les parties impliquées dans le conflit. Il serait incomplet sans revenir sur un aspect alarmant de la conclusion du livre d'Alexandre Del valle et Randa Kassis : il concerne le danger de la "tentation obscurantiste" du monde arabo-musulman sous la pression de la "solution islamique". Celle-ci n'a pas encore été assez essayée pour que les peuples s'en éloignent massivement. Pendant ce temps, l'équilibre de la région et les frontières établies à la chute de l'Empire ottoman sont gravement remis en cause.

L'islamisme djihadiste ne vient pas de nulle part : "Il ne vient ni du bouddhisme, ni du judaïsme, ni de l'hindouisme, ni du christianisme. Il vient de l'islam sunnite et plus précisément d'un courant qui est hélas dominant et officiel dans les pays sunnites du golfe. Il n'a jamais été dénoncé dans ses fondements théologiques et sources canoniques par ceux qui contrôlent les lieux saints de l'islam, à commencer par cet étrange pays producteur de fanatisme qu'est l'Arabie saoudite. Il est par conséquent non pas une simple réaction à l'injustice des «satans» Israël ou États-Unis, mais une «maladie qui gangrène le corps même de l'islam» (Soheib Bencheikh) depuis des siècles déjà, bien avant la création même des États-Unis et d'Israël, et avant la colonisation.

Le mal vient de l'intérieur et ne sera pas détruit par des bombardements. Selon les nouveaux penseurs du réformisme sunnite, seules une «désacralisation» et une remise en cause des fondements théologiques de l'islam sunnite pourront permettre de vaincre "les trancheurs de gorge djihadistes qui s'appuient (qu'on le veuille ou non) en partie sur des textes canoniques légaux jamais réformés et malheureusement toujours enseignés dans les mosquées des grands pays musulmans adeptes de l'orthodoxie sunnite."


Une génération d'intellectuels anti-obscurantistes et laïques donne des raisons d'espérer dans le futur. Le chapitre conclusif de "Comprendre le chaos syrien" en cite plusieurs. 

L'égyptien Sayed al-Qemny veut réhabiliter le courant hétérodoxe du mutazilisme fondé sur le primat de la raison critique.

Abdellah Tourabi, directeur de la revue marocaine TelQuel, "ose dire haut et fort que les musulmans doivent dépasser leurs réflexes de défense pour affronter la part maudite de la religion»".

Kamel Daoud, que nous connaissons bien, "ose affirmer qu'il faut «s'attaquer à la matrice» du fascisme islamique : «C'est la religion qu'il faut regarder en face, réformer, penser, délimiter, sans culpabilité, sans sentiment d'avoir trahi, sans violence mais avec force."

Adonis, l'essayiste et poète syrien, "va jusqu'à dire que la violence est «propre à la naissance même de l'islam, né dans un contexte tribal de pouvoir», et que cette religion doit être réformée radicalement". Il affirme que le droit islamique (fiqh) "a anéanti les droits de l'individu par le recours à l'idée du licite et de l'illicite, délimitant l'idée même de liberté et traçant les conditions pour la connaissance".

Malgré menaces, emprisonnements et assassinats, des penseurs arabes avides de progrès et d'émancipation interpellent directement les textes fondateurs mêmes de l'islam. 

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10 commentaires:

  1. J'espère que ces penseurs critiques, qui ont le courage d'exprimer leur questionnement sur l'islam, seront de plus en plus écoutés. (Vatican II s'achevait il y a cinquante ans à peine.)
    Mais la soif du pouvoir est telle, sous ce champ religieux !

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    1. Je pense que l'obscurantisme dans le monde arabe s'appuie sur l'illettrisme et la pauvreté, il n'y a pas que la part religieuse à faire évoluer.
      Je doute que nous sachions l'évolution favorable de l'islam de notre vivant mais il est heureux de voir des voix s'élever. Appuyons-les.

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  2. je souscris à ce billet et à votre commentaire, cette évolution est en marche mais si on regarde les siècles qu'il a fallu à l'église catholique n'espérons pas une évolution rapide hélas
    un homme que j'apprécie et dont j'apprécie les réflexions : Abdennour Bidar on le retrouve sur différentes radios et ses interventions réconfortent et font espérer

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    1. Comme l'écris Tania, l'église catholique a pris son temps elle aussi.
      Merci de rappeler Abdennour Bidar, (il n'est pas cité dans l'ouvrage) c'est un personne qui s'ouvre à une approche universelle de la spiritualité. Je l'entends quelquefois sur France-Culture.

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  3. J'entends également Abdennour Bidar sur France-Culture, on a terriblement besoin de voix comme la sienne. Il reste à espérer qu'elles se feront de plus en plus nombreuses et fortes. Je crains comme vous, de ne pas le voir de mon vivant.

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    1. Oui, remettre en cause des fondements théologiques me paraît plus compiqué que la réforme laïque d'une constitution nationale ou républicaine.

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  4. toutes ces voix qui viennent de l'islam font du bien et il faut les faire entendre à tous ceux et toutes celles qui veulent fonder la terreur au nom de cette religion et aussi à ceux et celles qui croient que tout ce qui vient de l'islam est maudit . Cela fait tellement du bien ces voix différentes et que l'on comprend

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    1. Mais oui, c'est vrai, comprendre et accueillir des voix du monde islamique en oubliant d'y associer la terreur.
      Bonne semaine Luocine.

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  5. La nouvelle donne liée aux événements récents (je pense aux élections américaines bien sûr) ne va sans doute pas améliorer le chaos du monde actuel... hélas !

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    1. Difficile de faire la part entre ce que Trump a clamé pour ramasser des voies populistes faciles et ce que sa présidence fera de fait.
      Une conclusion s'impose : les instituts de sondage sont à côté de la plaque et les médias avec leurs soi-disant spécialistes n'ont rien vu venir. La victoire de Trump (en nombre de grands électeurs), est quand même très nette.

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