4 juin 2017

Sur le nuage de Châteaureynaud

Le fantastique  trimbale généralement avec lui un attirail de clichés et d'angoisses dont Georges-Olivier Châteaureynaud n'a que faire. Vous entrez confiant dans ses récits, les deux pieds fermement ancrés au sol et insensiblement le terrain devient spongieux, les repères mutent, une brume opaque enveloppe les choses, et c'est trop tard, le mystérieux vous a confondu, qui ressemble tellement à la réalité et vous la fait voir mieux, sans que le sourire soit jamais loin. 

Châteaureynaud cite volontiers Georges Bataille : "La littérature est l’essentiel, ou n’est rien". La sienne est insolite, métaphorique, poétique et donc précieuse. Que vous puissiez ramener chez vous, à la carte, des chers disparus à peu près vivants (qui pèsent des tonnes), que l'espace public dispose d'une machine automatique à fusiller (et qui ne rend pas la monnaie) ou que le perroquet d'une gitane vous prédise le temps qu'il vous reste à vivre (juste une fourchette, rassurez-vous), qu'en feriez-vous, qu'en ferions-nous ?

Boum ! une jeune fille lancée à toute vitesse sur une trottinette heurte Ringo, producteur de cinéma : sonné, le pauvre est soigné et amoureusement câliné par la jolie qui dit s'appeler Clotho. Quand elle entraîne son cavalier chez ses deux sœurs, dont l'une porte un bijou en forme de ciseaux (couper la vie), on n'en doute plus, ce sont les Moires (les Parques) et la mythologie prend corps à travers "Les sœurs Ténèbre", ma nouvelle préférée, sans doute parce que c'est la plus inquiétante.

Celle qui m'a le mieux déridé est "Civils de plomb", bien qu'elle ne soit pas foncièrement drôle. C'est tout le procédé de l'auteur de nous tenir dans un no man's land où les choses ne sont plus tout à fait ce qu'elles sont, jamais vraiment drôles, ni tangiblement graves.


Tant d'imagination et d'esprit [*], le conteur de Palaiseau était sur un nuage en 2005 avec ce "Singe tabassé par deux clowns" ; il l'était encore en 2013 avec "Jeune vieillard assis sur une pierre en bois" qui m'avait autant enchanté (c'est vraiment le mot). J'espère en venir à son récent roman "Aucun été n'est éternel".  

Le site de l'auteur ici.

[*] Tant d'imagination et d'esprit : un manque de finesse, pourtant, dans la confection des titres... Est-ce moi ? J'ai du mal avec "L'attraction sensationnelle", "Dans la cité venteuse", "Civils de plomb", ... Est-ce le même homme qui écrit ces beaux textes et qui les dénomme aussi platement ? (Il fallait bien reprocher quelque chose à ce magnifique recueil).

14 commentaires:

  1. Auteur qui m'est inconnu, et dont les livres connaissent le 'magasin' de la bibli... A voir!

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    1. Le "magasin", c'est la réserve oů l'on range les vieilleries ? J'espère que non. Ici à Lięge, c'est là (la réserve) que quelques Roger Grenier sont laissés, je trouve cela dommage. Aspect pratique, manque de place, mais délais car il faut que le personnel prenne le temps d'aller y chercher.

      Châteaureynaud, ne manquez pas !

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  2. Vous avez raison pour les titres, y compris celui du recueil. Les nouvelles à la limite du fantastique (comme celles de Marcel Thiry ou de Jean Muno), je les lis plus volontiers qu'un roman du même genre, comme si je préférais l'insolite à petites doses.
    Je viens d'aller lire une nouvelle de Châteaureynaud sur le blog de Volkovitch qui écrit : "Le lire, c'est comme entrer dans une pièce inconnue dans une maison dont on croyait tout savoir." Cela rejoint votre présentation.
    http://www.volkovitch.com/F04_04.htm

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    1. Il semble que "Le tout-petit" soit une nouvelle beaucoup plus courte que celles du recueil que je mentionne, je vais la lire ainsi que ce qu'en dit Volkovitch,merci Tania.
      Je ne connais pas bien Jean Muno, à voir donc.

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  3. Magasin = la réserve, oui. Où nichent des merveilles. Parfois rééditées depuis d'ailleurs. J'ignore quel est le critère de mise en sous sol (très sain, très sec, pas d'odeur, ce sous sol, j'y suis allée) Manque de place, c'est certain, et, de même, il faut déranger un bibliothécaire.

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    1. Les critères ? Subjectifs, souvent, je pense. Évidemment les livres qui ne sortent plus. La procédure pour retirer un livre de la réserve m'a paru lourde, ici à Liège, mais peut-être suis-je tombé sur une employée peu zélée. je n'ai été convoqué que deux trois semaines plus tard par courrier postal pour retirer le livre (pas d'email possible, Liège c'est la préhistoire !). Je comprends mal.

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  4. Je plussoie, lisez-le. Je préfère ses nouvelles à ses romans.

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    1. Si je regarde mes archives, de fait, un roman de GOR, "La faculté des songes", ne m'avait pas emballé en 2008.

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  5. Même commentaire que Keisha. Ma bibliothèque a plusieurs ouvrages, romans et nouvelles, j'aurai donc le choix si je décide de le lire. Le dernier roman est en commande.

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    1. Les nouvelles de "Singe savant..." valent le coup pour débuter avec l'auteur.

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  6. je connais le nom de l'auteur mais je n'ai rien lu
    il apparait assez loufoque ce roman non ?
    j'adore l'illustration

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    1. Je ne sais pas si vous avez lu le billet... il s'agit bien de onze nouvelles, pas d'un roman. «Loufoque», si vous voulez, je n'ai pas du tout ressenti cela, parlons plutôt d'insolite, de fantastique «doux», plutôt dans une certaine tradition malgré les décalages avec la réalité.

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  7. Cela fait partie des auteurs que j'ai envie d'aborder depuis longtemps, longtemps... sans avoir encore pris le temps de m'y mettre. Votre billet est tentant ! peut-être l'occasion de sauter le pas ? Promis, si je tombe sur un poche, j'y vais ;-)

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    1. Peut-être un jour un billet sur Châteaureynaud alors ?
      Belle journée Margotte :-)

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