30 janvier 2017

La lettre à Helga

Traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson

"On pourrait à la rigueur accepter de vivre en ville, si l'on n'y devenait pas tellement ennuyeux à force d'y habiter. Même les canards de l'Étang, qui voient tout leur tomber cuit dans le bec, perdent leur éclat et leur caractère."

Cet extrait, d'un élan sincère, mille fois vrai et autant contestable, reflète le vieillard islandais qui écrit une lettre à l'amour de sa vie, Helga, "maintenant que la coupe est vide et que la partie s'achève". Il y dit crûment les espoirs qui le portèrent, ses joies, ses regrets, comment Unnur son épouse devint revêche des suites d'une opération qui la rendit stérile, tout lui revient de ces années rudes dans la campagne islandaise, de manière très authentique. Il écrit l'attachement à sa terre, au travail rural dans les années qui virent l'Islande de Reykjavík évoluer au rythme des mutations rapides du vingtième siècle : un choix décisif advint lorsque sa maîtresse Helga enceinte l'invita à quitter tout pour la capitale.

Le narrateur de Bergsveinn Birgisson affiche ce perpétuel refus de la vie moderne qui nous place face à nos propres dérives contemporaines. Car là-bas, avant, les fermiers pensaient par eux-mêmes, n'épousaient pas "cette pensée existentielle venue du sud, selon laquelle la vie serait dérisoire comme le sort d'un homme obligé de hisser une lourde pierre au sommet d'une montagne pour la voir dégringoler et recommencer à la coltiner".  Camus puis Sartre blâmés par le vieillard prosaïque : "ce philosophe passait ses journées dans les cafés de la grande ville, le menu sous le nez", à distance des froides collines nordiques balayées par des vents sauvages et des moutons soignés dans des bains d'urine fermentée.

Cette courte fiction épistolaire (125 pages) est considérée par des critiques comme un joyau. Je l'avais écoutée en version audio (Audiolib) en janvier 2015 – je me rappelle la voix de Rufus prononcer âprement les noms islandais, comme des rochers d'îles – et je me promettais de la redécouvrir avec les yeux. Elle est toujours aussi prenante.


18 commentaires:

  1. un livre qui a eu un grand succès je crois

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    1. Je n'ai pas trop regardé le succès sur les blogs, mais oui, la critique était favorable. Personnellement, j'ai beaucoup apprécié, au point d'y revenir, ce qui est rare chez moi quand il s'agit de fiction.

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  2. non seulement je l'ai lu mais je l'ai écouté en livre lu lors d'une grande virée en voiture et à chaque fois le plaisir était au rendez-vous.

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    1. Curieusement, en lisant, je n'entendais pas du tout la voix du conteur qui m'avait pourtant marqué. Par contre je me suis retrouvé au même endroit, avec les mêmes paysages intérieurs, que lors de l'audition deux ans avant.

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  3. Lu en 2015. Pas aimé mais alors pas aimé du tout.Vaiment faible.

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    1. Les goûts et les couleurs...
      Mais faible ? Selon quelle échelle de valeur ?

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  4. Pseudo-lyrique, crudité, simplisme éprouvant...fabriqué.

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    1. Pour ma part,j'ai dépassé aisément quelques lourdeurs, gagné par l'empathie pour ce vieillard fruste, tenu par les exigences d'une vie et d'un travail soumis aux urgences de la nature.
      Et ce qu'il appelle "voir des lumières d'il y a longtemps" m'a davantage retenu que ses analyses idéologiques sommaires ne m'ont contrarié.

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  5. Je ne l'ai pas lu ; c'est un roman qui a enthousiasmé sur les blogs ou au contraire provoqué le rejet, ce qui est plutôt bon signe pour un roman. Au moins, il ne laisse pas indifférent.

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    1. Enthousiasme ou rejet, on dirait que cela se confirme. Merci, Aifelle, de rappeler l'accueil du livre sur les blogs.
      J'ai remarqué que lorsque je désavoue une fiction, il y a une bonne part d'indicibles raisons que je ne peux objectiver, et il arrive aussi que des circonstances extérieures au roman le décolorent sans que le recit ou sa forme n'y soient pour quelque chose. Et c'est vrai aussi lorsqu'il s'agit de louanges

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  6. Je n'en ai jamais entendu parler mais le thème de la vie rurale, loin de l'agitation consumériste me plaît. Si je le trouve, je vous reviendrai.
    Bonne semaine Christian.

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  7. J'ai noté ce titre il y a peu, après avoir lu une bonne critique. Quoique un tel refus de la vie moderne...

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    1. Le personnage est extrême, c'est vrai, mais suscite des interrogations.
      J'ai prévu un extrait, ce sera demain, je l'ai oublié aujourd'hui.

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  8. Je l'ai lu à sa sortie, je crois me souvenir que je l'avais trouvé émouvant. Pas un grand livre, mais un livre qui m'avait fait du bien, c'est déjà ça...

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    1. Oui, on peut résumer cette lecture comme ça.
      Bonne soirée Pascale.

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  9. Voilà, je l'ai terminé. C'est un roman émouvant mais vraiment pas que cela.
    Birgisson a réalisé, parmi les bergers, un énorme travail de sauvetage de la tradition orale qui est vraiment intéressant je trouve! « Je me suis inspiré de fermiers que j’ai rencontrés. Ils étaient très lettrés et travaillaient avec leurs mains, c’est une combinaison idéale : la poésie au cœur et le contact avec les animaux ou la terre. »
    Cette poésie affleure aussi dans les mots.
    Un tout grand merci de me l'avoir fait parvenir.
    Bon weekend.

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    1. C'est un plaisir de lire ce que vous avez trouvé dans ce livre et vous le résumez très bien. Merci pour le retour, bonne soirée Colette.

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