20 octobre 2018

Hors jeu

"Nous commençâmes de courir autour d'elle; nous tirions ses boucles et nous échappions en frottant un index contre l'autre : «bisque, bisque, rage...» Je restais à une distance prudente, mais Jean tourbillonnait autour d'elle comme un démon, la frôlait, s'échappait de nouveau... Soudain, Michèle se précipita, les griffes en avant, et lui sauta au visage. Il ne se défendit pas, trébucha, s'affala dans l'herbe; quand il se fut relevé, nous vîmes que sa joue griffée était en sang. Nous demeurâmes interdits ; Michèle était pâle.
    – Oh ! Jean, éponge-toi, je n'ai pas de mouchoir.
Mais lui, laissait couler le sang sur sa joue. Je crus qu'il allait foncer contre Michèle, mais non : il lui souriait. Que ce sourire lui ressemblait peu ! On eût dit que Jean avait des droits sur elle, et elle sur lui, qu'il était libre d'accepter qu'elle lui fît mal. Enfants, ils entraient à leur insu dans ce monde où les coups ont la même signification que les caresses, où les injures sont chargées de plus d'amour que les plus tendres paroles. Et le rideau se refermait sur eux: je ne les voyais plus; je restais seul de l'autre côté de la toile, petit garçon perdu dans un monde peuplé de ces ogres inconsistants : les grandes personnes."

François Mauriac - "La pharisienne"

19 octobre 2018

La pharisienne


S'il faut citer un maître pour donner vie à des personnages, c'est bien François Mauriac. L'effet est d'autant plus vif que ces êtres viennent de sphères visitées naguère, première moitié de siècle un peu poussiéreuse, ces univers de lectures de jeunesse, quand on dévorait des romans au coin du feu, les devoirs un peu bâclés, ou dans les draps, parfois à la lampe de poche, refoulant l'idée du lever pour l'école du lendemain.

J'ai trouvé ce roman (1941) de François Mauriac plus «moderne» que ceux que j'ai lus auparavant. Il propose une construction plus complexe, où le narrateur, Louis Pian, déclare détenir des documents qui étaient le récit: "Au vrai, j'ai survécu à la plupart de mes héros dont plusieurs ont tenu dans ma vie une grande place. Et puis, je suis paperassier de nature et détiens, outre un journal intime (celui de M. Puybaraud), les agendas que Mirbel avait trouvés dans la succession de M. Calou. Par exemple, j'ai en ce moment sous les yeux la lettre que l'abbé relisait, [...]". Plus loin : "Si c'était un roman que j'écrivais ici, ce Malbec serait un type amusant à crayonner, [...]".

16 octobre 2018

L'odeur des livres

L'odeur des livres peut être un de leurs agréments ; je retrouve ceci dans ma documentation.

On y explique que les livres, vieux ou anciens, émettent plusieurs centaines de composants volatiles. Ils proviennent de la dégradation du papier et dépendent du type de papier et des colles et encres utilisés dans leur fabrication. Certains composants émis ont des arômes doux, floraux, de vanille ou d'amande, comme le furfural qui permet de dater et d'évaluer l'état d'un livre.

Pour les vieux livres, les arômes proviennent de l'altération de la cellulose et de la lignine (issue du bois: rigidité, imperméabilité, résistance à la décomposition,) ; cette dernière d'autant plus présente qu'ils sont anciens.

Les livres récents ont des procédés plus complexes avec des liants adhésifs tels que l'éthylène-acétate de vinyle (plasticité) et des produits issus de la pétrochimie comme solvants des encres.

Les composants chimiques simples ne sont pas cause de l'odeur des livres. Elle résulte des réactions produites par leur combinaison au fil de leur dégradation.

Voilà pour la chimie, sommairement. Si vous avez des textes, de la poésie sur le sujet, n'hésitez pas à les partager.


14 octobre 2018

12 octobre 2018

Le grand livre

L'inhibition ne pousse pas sur les arbres, vous savez – il faut de la patience, il faut de la concentration, il faut des parents dévoués et prêts à se sacrifier et un enfant attentif et appliqué pour fabriquer en l'espace de quelques années seulement un être humain vraiment ligoté et trouillotant. Pourquoi les deux espèces de vaisselle ? Pourquoi le savon kasher et le sel ? Pourquoi, je vous le demande, sinon pour vous rappeler trois fois par jour que la vie n'est que contrainte et restriction, centaines de milliers de petites règles établies par personne d'autre que Personne d'Autre, règles que vous observez sans discussion, si stupides puissent-elles sembler (et vous restez ainsi, en obéissant, dans Ses bonnes grâces) ou que vous transgresserez sans doute au nom du bon sens outragé – que vous transgressez parce que même un enfant n'aime pas se sentir un minus ou un demeuré total – oui, que vous transgresserez, mais avec de fortes probabilités (mon père me l'assure) pour que le prochain Yom Kippour venu, lorsque les noms seront inscrits dans le grand livre où Il inscrit les noms de tous ceux auxquels il sera accordé de vivre jusqu'au mois de septembre suivant (un tableau qui, d'une façon ou d'une autre, réussit à se graver dans mon imagination) et, regardez, votre précieux nom n'y est pas.

Philip Roth - Portnoy et son complexe



11 octobre 2018

Portnoy et son complexe


"Trente-trois ans, et toujours à mater et à se monter le bourrichon sur 
chaque fille qui croise les jambes en face de lui dans le métro." 


Traduit de l'anglais (États-Unis) par Henri Robillot, 275 pages. 

Je n'ai pas eu une bonne idée de vouloir aborder Philip Roth par ce livre. Un professeur de littérature américaine (j'ai depuis relativisé la qualité de son cours sommaire) m'avait détourné de Roth, il préférait Saul Bellow, trouvant Roth en dessous. Néanmoins, sensible aux dithyrambes dans les médias à son décès, je me suis décidé pour le livre qui l'a propulsé sur la scène littéraire, aiguillonné par la difficulté de le trouver disponible dans les bibliothèques de la ville. 

7 octobre 2018

L'image livres


Les livres d'occasion sont des livres sauvages, des livres sans domicile fixe; ils se rassemblent en vastes bandes de plumes bariolées et ont un charme qui fait défaut aux volumes domestiqués de la bibliothèque. (V. Woolf)

2 octobre 2018

Science : contrefaçon et intuition

Le journal "Le Monde" dénonçait récemment la gangrène de la fausse science. 

Source: Savina & Sterligov, 2016, cités par Le Monde (INRS)

Depuis une dizaine d'années, des sociétés peu scrupuleuses créent de fausses revues scientifiques qui acceptent de publier, moyennant finance, des travaux carrément frauduleux ou fantaisistes. Pas moins de 10.000 revues font une science «parallèle» et trompent les administrations publiques, les entreprises et parfois les scientifiques eux-mêmes, car leurs comptes rendus de recherche ne sont pas soumis à la «revue par les pairs» (contrôle de qualité).

30 septembre 2018

27 septembre 2018

L'aîné aimé

Je ne sais rien de mon frère mort si ce n’est que je l’ai aimé. 
Il me manque comme personne mais je ne sais pas qui j’ai perdu. 
J’ai perdu le bonheur de sa compagnie, la gratuité de son affection, 
la sérénité de ses jugements, la complicité de son humour, la paix. 
J’ai perdu ce qui restait de douceur au monde. Mais qui ai-je perdu ?
(Extrait en 4e de couverture)

Ce frère de Daniel Pennac, Bernard, né cinq ans avant lui, qui l'a pratiquement élevé, pour lequel il est plein de gratitude et d'amour, le fait songer à un personnage singulier d'Herman Melville.