7 décembre 2018

Science et cinéma


"... donner du goût aux sciences en aiguisant la curiosité scientifique."

A priori, l'opération Masse critique Mauvais Genre de Babelio ne m'intéressait pas. J'y ai déniché, chez un éditeur de science-fiction et fantasy (Le Bélial', collection Parallaxe), un ouvrage de deux scientifiques reconnus, Roland Lehoucq, astrophysicien au Commissariat à l'énergie atomique de Saclay et Jean-Sébastien Steyer, paléontologue au Muséum d'histoire naturelle de Paris et au CNRS. Les deux  spécialistes se penchent sur une quinzaine de films de SF afin d'en analyser les fondements scientifiques ("Seul sur mars", "Gravity", "Interstellar",...).

2 décembre 2018

L'image livres

(Le vieil homme et la mer)
– «Changez le vieil homme en un beau mec 

maître-nageur patrouillant le long d'une plage branchée
et vous tenez quelque chose.»

30 novembre 2018

Poussière du passé, qu'un vent stérile agite

Pourquoi n'y a-t-il que quelques monuments aux morts qui affichent, et parfois après bien des péripéties judiciaires, un modeste «Maudite soit la guerre!», et aucun qui ne reprend les vérités de ces «enfants de la patrie», tués au front ou revenus défigurés, handicapés et à tout le moins traumatisés ? Pour perpétuer fidèlement le souvenir, pour respecter honnêtement ce qu'aurait été très certainement les vœux des tués et de beaucoup de blessés, pour l'édification objective des foules, il faudrait des véritables monuments de l'authenticité, qui jetteraient à la face du passant la cervelle éparpillée par la mitrailleuse, le sang bouillonnant en geyser d'une gorge sectionnée par un couteau de tranchée, les excréments dégorgeant des viscères dilacérés par le shrapnel, et encore des morceaux de mâchoire, de bras et de pieds dispersés par l'obus ! [...]. La sacralisation est mensongère, les mots des monuments aux morts ne sont que novlangue. Rajoutons une couche dans la dénonciation de la vaste supercherie de cette entreprise funéraire monumentaire mémorielle: elle n'échappe pas à la loi d'airain du spectaculaire-marchand, car elle fit l'objet, en de nombreux cas, de juteux marchés avec des édiles corrompus. Il y eut aussi de lucratifs trafics sordides, quand furent vendus, y compris aux familles, les soi-disant ossements de leurs morts pour la patrie ; une terrible illustration en est donnée par Pierre Lemaître dans son Au revoir là-haut (2013).

Gian Laurens - "14-18 La réalité cachée"

Nestor Outer

29 novembre 2018

Au-delà du centenaire


Bien qu'il se passionne depuis toujours pour la Première Guerre mondiale, Gian Laurens n'est pas historien : ingénieur et socio-psychologue, chercheur en sciences humaines (selon les rares informations sur la Toile). Les propos de "14-18 La réalité cachée" ne suivent pas un cheminement chronologique ni une apparente cohérence : "Il y a pourtant dans ces miscellanées, un fil d'Ariane, la Grande Guerre, et un esprit fédérateur, à savoir mon intention de traiter de ce que j'ai trouvé dans ce conflit de particulièrement inepte, injuste, étrange et souvent négligé par beaucoup [...]." Ce travail s'appuie sur une bibliographie imposante détaillée à la fin, une bonne centaine d'éléments.

"Monument écroulé, que l'écho seul habite
Poussière du passé, qu'un vent stérile agite."
(LAMARTINE, "Méditations")

Malgré le respect qu'il faut, dans un silence recueilli, manifester pour ceux qui se sont sacrifiés, ou qu'on a sacrifiés, l'heure est aussi de dire ce que taisent les monuments à la gloire des disparus : l'impréparation de l'armée française en retard d'une guerre (qui serait chronique pour l'auteur),  l'impéritie des généraux, l'intransigeance extrême de Clemenceau qui aurait suscité l'esprit revanchard des Allemands. La France ne s'est jamais remise de la Grande Guerre, affirme Gian Laurens. L'Europe non plus. Ces vues peuvent paraître faciles, après coup, trop dures envers ceux qui ont «fait leur possible», «fait leur devoir», mais ces développements ne manquent pas d'éclairer, en dépassant des tabous. 

22 novembre 2018

Cote vacante

"Je préfère ne pas penser à cette cote creuse, ça me fait peur."

Dans la classification Dewey (CDD), les rayonnages numérotés 400 sont consacrés aux livres sur les langues (linguistique, langue anglaise, germaniques, etc.). Or, dans cette bibliothèque qui utilise la Classification Décimale Universelle (CDU), les langues ont été déplacées en littérature (cote 800) : "Qu'a-t-on mis à leur place ? Qu'a-t-on mis ? Rien. Ce qui fait que la cote 400, en ce moment, est inoccupée, vide. Vous êtes d'accord, c'est une ineptie. Moi, cela me donne le vertige, cette cote vacante. Qu'est-ce qui viendra l'occuper ?"

18 novembre 2018

L'image livres

Je trouve la télévision très éducative.
Chaque fois que quelqu'un l'allume,
je vais lire un bon livre dans une autre pièce.

16 novembre 2018

Intégration

La taule me cernait encore : je la retrouvais dans des réflexes, des tressaillements, des sournoiseries et des soumissions dans les gestes. On ne se lave pas du jour au lendemain de plusieurs années de routine chronométrée et de dissimulation constante de soi. [...].
Je gardais l'air ahuri et, voulant m'appliquer, je gaffais, j'étais trahie par d'anciennes peurs, en même temps que par un exubérant sans-gêne naturel... De plus, je ne connais pas grand-chose du milieu où Julien m'a introduite : en Centrale, j'ai côtoyé plus de criminelles que d'authentiques truandes. Voulant plaire à Julien et lui faire honneur en plaisant à ses amis, je dissimulais mes ignorances sous un mutisme intelligent; ou, m'efforçant de paraître affranchie et cultivée, je m'exprimais comme les héroïnes de la Série Noire ou comme une Précieuse. Mais, invariablement, j'étais ridicule.

Albertine Sarrazin - L'astragale


15 novembre 2018

L'astragale


Albertine Sarrazin saute d'une hauteur de dix mètres pour s'évader de prison et se fracture l'astragale, un os du pied. Elle est secourue par un malfrat, Julien, qui la cache chez des proches et l'aide à se soigner. Cet homme va devenir l'amour d'Albertine jusqu'à ses vingt-neuf ans, où elle meurt dans une salle d'opération négligente. Le couple réuni pensait trouver la sérénité dans leur maison de l'Hérault. La jeune femme était, dit-on, affaiblie par le tabac et l'alcool.
Le récit autobiographique (1965), rédigé en prison par Albertine – car elle sera reprise, tout comme Julien commettra d'autres délits qui lui vaudront l'enfermement – est considéré comme un petit roman d'amour pour «son homme».