11 décembre 2017

Préjugés sur l'immigration

Le public belge francophone semble mal connaître la réalité de l'immigration : une brève vidéo  de présentation  atteste de quelques stéréotypes aisément infirmés.

L'Université de Liège propose un livre (éditions Academia) qui permet de dépasser les informations erronées sur l'immigration en répondant à 21 questions que se posent les belges. L'ouvrage présente d'abord le résultat d'une enquête d'opinion sur des sujets tels que l’impact économique de l’immigration, l’intégration, la fermeture des frontières ou le lien entre migration et criminalité. Puis les auteurs proposent des réponses sur bases de données scientifiques (vulgarisées) qui contribuent à se forger une opinion plus exacte. Ce travail a été réalisé par Jean-Michel Lafleur et Abdeslam Marfouk  : le livre est téléchargeable gratuitement (PDF)

Des clés pour comprendre (Source : La Libre Belgique)

4 décembre 2017

Impudeur et inconvenance

MOI: «Impudeur», dites-vous ?
LUI: ... je maintiens le mot.
MOI: Allons donc ! C'était juste pour dire quelque chose, non ? L'impudeur, vous le savez très bien, déteste les livres, déteste toute forme de création artistique. Il y moins d'impudeur dans l'œuvre entière de Sade que dans un banal show télévisé du samedi soir. L'impudeur, c'est la licence de dire n'importe quoi, de s'exhiber, fût-ce en costume-cravate, pour jouer au Juste Prix, à qui-perd-gagne ou à ce que vous voudrez.
    L'impudeur se fait jour là où manquent le talent, l'imagination, le culot et surtout la maîtrise de soi. L'impudeur, c'est l'idée absurde que tout le monde a quelque chose à dire. Le premier des droits de l'homme, ne le saviez-vous pas, c'est le droit de s'exhiber : "Moi, moi, encore moi...", et d'emmerder ses semblables. L'impudeur, c'est la distraction à la mode, c'est le sport le plus facile à pratiquer, car il ne demande aucune capacité physique ou intellectuelle, seulement de l'entraînement, énormément d'entraînement. 
    Moi, monsieur, je ne veux pas être impudique, j'essaie d'être inconvenant, c'est tout le contraire ! Inconvenant : vous me suivez ? Au sens propre du terme, c'est-à-dire "pas convenable" ! Une œuvre, monsieur, est toujours une chose inconvenante, inattendue, de trop, dérangeante dans cette mesure. Ce n'est pas à la mode, ça ! Rien à voir avec le goût du jour !

Pascal Lainé - Sacré Goncourt !  (Fayard, 2000)

29 novembre 2017

Bluff

"Mais une chose encore doit retenir l’attention ; c’est l’expression qu’emploie Goering, cette menace de fondre sur l’Autriche. On lui colle aussitôt des images terrifiantes. Mais il faut rembobiner le fil pour bien comprendre, il faut oublier ce que l’on croit savoir, il faut oublier la guerre, il faut se défaire des actualités de l’époque, des montages de Goebbels, de toute sa propagande. Il faut se souvenir qu’à cet instant la Blitzkrieg n’est rien. Elle n’est qu’un embouteillage de panzers. Elle n’est qu’une gigantesque panne de moteur sur les nationales autrichiennes, elle n’est rien d’autre que la fureur des hommes, un mot venu plus tard comme un coup de poker. Et ce qui étonne dans cette guerre, c’est la réussite inouïe du culot, dont on doit retenir une chose : le monde cède au bluff. Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre, s’il ne cède jamais à l’exigence de justice, s’il ne plie jamais devant le peuple qui s’insurge, plie devant le bluff."

Éric Vuillard - L'ordre du jour


Source Sutori.com

28 novembre 2017

Sous les haillons de l'Histoire

Un parmi d'autres : Gustav Krupp (von Bohlen und Halbach), en couverture de "L'ordre du jour", n'a pas activement soutenu Hitler, ne fut membre du part nazi qu'en 1940 et a toujours été loyal envers son pays, un honorable modéré dira-t-on. Il a pourtant offert en 1933 des sommes astronomiques aux nazis. Son fils Alfred, roi du charbon et de l'acier, un des plus puissants du Marché commun, se montra moins prodigue lorsqu'il s'est agi de dédommager les rescapés juifs : chacun se contenterait de 500 dollars. Rien pour ceux qui se manifestèrent plus tard, "Les Juifs avaient coûté trop cher". 

13 novembre 2017

L'idée

– Bon. Regardons, ce sera peut-être amusant... Voyons un peu ce qu'il nous montre...
– Oh non, ne dites pas cela : pas «il»... qui «il» ? ... c'est un espace sans limites qu'aucun «il» ne peut contenir...
– Ah bon, donc «nous montre» ou plutôt «montre»... Pas à «nous» non plus, sans doute ?...
– Non, il ne faut pas de «nous»... ce sont des espaces infinis... sans contours...
– Très drôle... Donc ce faux «il» s'approche de ce faux «nous» et montre quoi ? Qu'est-ce que c'est ?... 
– Mais voyons, c'est facile à reconnaître, ça s'appelle une «idée»... 
– D'où vient-elle ? C'est vous qui l'avez fabriquée ?
– Moi ? Mais «moi» ça n'existe pas, je viens de vous le dire, il ne faut pas s'occuper de ça... Il n'y a pas de moi ici... pas de vous... Il ne faut à aucun prix se laisser distraire par ces futilités... ces mouches que cherchent à attraper les écoliers dissipés... il faut se concentrer juste là-dessus...
– Sur l'idée ?
– Oui, puisque vous tenez absolument à le nommer... Il suffit de le laisser entrer, se déployer...
–Oh nous, vous savez, quand il s'agit d'idées... Nous ces grands noms... on n'a pas été habitués à de pareilles fréquentations, on n'a pas reçu d'éducation, pas acquis les bonnes manières... nous, vous le savez, on n'a pas été préparés, cultivés... Alors nous, à quoi bon ?
– Mais voyons, il ne s'agit pas de ça... Moi non plus, si vous allez par là, je ne possède pas les instruments... quelques bribes... de vagues notions... personne aujourd'hui, c'est bien connu, ne peut se targuer d'avoir accumulé toutes les connaissances, chacun, comme on le sait, est enfermé dans son petit champ étroit... Non, oubliez comment on nomme cela, ne cherchez pas à savoir d'où cela vient, il suffit de se laisser pénétrer, de le laisser se déposer... un germe qui peut pousser sur n'importe quel terrain tant il a de vitalité, de force... Si vous le laissez s'implanter, cela va croître, se couvrir de bourgeons, de feuillages, étendre ses ramifications... Ne trouvez-vous pas que déjà autour de nous l'air est plus vif, comme purifié... ces détritus, cette pourriture nauséabonde que vous avez essayé maladroitement d'enfermer, d'isoler, de signaler avec votre «disent les imbéciles», vous voyez comme maintenant elle est détruite, cette fois pour de bon, rien n'en subsiste...

11 novembre 2017

Présent

Le vrai bonheur serait de se souvenir du présent
Jules Renard ("Journal", 1891)



En épigraphe de "Les eaux troubles du mojito" (Philippe Delerm).

9 novembre 2017

La temporalité chez Faulkner 2


Le temps affectif

On a vu dans la première partie de la synthèse que Faulkner casse le temps et brouille les morceaux du récit. Dans un roman normal, il y a un récit avec un nœud, l'assassinat du père Karamazov chez Dostoïevski par exemple. Dans la critique littéraire sur "Le Bruit et la Fureur["Situations I", juillet 1939], Sartre écrit que dans ce roman, où Faulkner va au bout de son art, "rien n'advient, l'histoire ne se déroule pas : on la découvre sous chaque mot, comme une présence encombrante et obscène". Il ne s'agit pas d'un simple exercice de virtuosité, une technique renvoie à la métaphysique du romancier et il appartient au critique de la dégager. 

4 novembre 2017

Sur le chemin des contes

La vallée des lacs : Gérardmer, Longemer, Retournemer. Nous y retournions en septembre et le temps ne serait pas beau, frais et pluvieux. Nous ne le savions pas encore lorsque sur un marché aux livres près de Liège, je découvrais ce vieux recueil de contes : il agrémenterait notre séjour et mettrait un baume sur les contretemps atmosphériques.


S'il se peut que la fée maline Polybotte guida mes yeux pour dénicher le livre, ce fut alors la même qui nous farça à l'arrivée dans le pays géromois par un violent orage qui paralysa la circulation automobile: mieux vaut se garer quand ces forces-là se déchaînent. Une fois au gîte, à l'abri et au sec, j'eus un frisson réjoui en sortant le bouquin de mon sac, songeant que ces conjectures pussent  être vraies : imprimé en 1951, le livre a exactement mon âge, concomitance frappante.

3 novembre 2017

Certaines villes

Certaines villes, comme des boîtes enveloppées de papier sous les arbres de Noël, dissimulent des présents inattendus, des délices secrètes. Certaines villes resteront toujours des paquets cadeaux recelant des énigmes qui ne seront jamais résolues ni même entretenues par les touristes en vacances, ou même par les plus curieux, les plus persistants des visiteurs. Pour connaître de telles villes, pour les déballer, en vérité, il faut y être né. Venise est ainsi. Après octobre, quand les vents de l'Adriatique ont balayé le dernier touriste Américain et même le dernier Allemand, les ont emportés au loin et ont expédié à leur suite, par les airs, leurs bagages, une autre Venise se découvre : une clique d'élégants Vénitiens, ducs fragiles arborant des gilets brodés, sveltes comtesses suspendues aux bras de neveux longs et pâles ; créations jamesiennes, romantiques à la D'Annunzio, qui ne songeraient jamais à sortir des ombres mauves de leurs palais par une journée d'été quand déferlent les étrangers, émergent pour nourrir les pigeons et flâner sous les arcades de la Piazza San Marco, s'aventurent pour aller prendre le thé dans les salons de Danieli (le Gritti étant fermé jusqu'au printemps), et, plus distrayant, pour siffler des martinis et mastiquer des croque-monsieur dans la confortable intimité du Harry's American Bar, tout récemment encore abreuvoir exclusif des hordes bruyantes venues d'au-delà des Alpes et des mers. [Traduction de l'anglais par Henri Robillot]

Truman Capote - Musique pour caméléons (Jardins cachés" )

Venise - Canaletto (1731-1732)