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| "Congo" - Éric Vuillard Actes Sud Babel, 2012 95 pages |
Qualifiées de "Récit", ces quelques dizaines de pages, qui ne revendiquent en aucun cas le statut de livre d'histoire, font plutôt office de pamphlet.
L'objet en est l'époque de la fin du 19e siècle où les Grands des pays occidentaux "s'emmerdaient" (sic). Leur ambition et leur soif de richesse voulaient un joujou et ce fut l'Afrique qu'ils se partageraient.
Sans inviter les premiers concernés, à savoir les indigènes africains, peuple ou rois, dont, accessoirement, les négriers s'occupaient depuis quelque temps déjà.
Le début du livre est développé sur un mode caustique qui prête à sourire. Éric Vuillard taille des costards à des sommités, personnages importants comme Bismarck ou les Chodron de Courcel, parmi les quatorze acteurs de la Conférence de Berlin (1884-1885), destinée à partager le gâteau africain.
D'Alphonse Chodron : "Car on est grand homme de cette façon-là, un peu châtelain, un peu poète ou jardinier, un peu homme d'affaires, président du conseil d'administration de telle ou telle compagnie, prince de la chaussure, négus du charbon, énorme grenouille." [p.21]
Au départ, le roi Léopold II ne désire pas le Congo pour l'État belge, il veut une propriété privée. Il saura dorer la pilule à l'élite européenne en créant l'Association internationale africaine comme paravent philanthropique pour son projet privé d'exploitation des richesses de l'Afrique centrale (caoutchouc et ivoire).
Progressant dans le récit, Vuillard s'indigne, se fait de plus en plus mordant. Lorsqu'il décrit les frères Goffinet et les violences du tortionnaire Léon Fiévez, l'écrivain ôte ses gants caustiques pour sortir les griffes.
"L'effroi nous saisit en regardant ces photographies d'enfants aux mains coupées, les cadavres, les petits paniers pleins de phalanges, les tas de paumes, l'effroi, mais surtout une peine immense, et cette peine, c'est elle qui rapproche sans le vouloir la photo de Wahis [Théophile Wahis, fidèle du roi Léopold II] et celle des enfants, c'est elle qui rapproche les médailles et les moignons, c'est elle qui réclame de voir les carrosses, les loges de théâtre, toutes ces babioles jetées à la face des photographies légendaires pour qu'elles les dévorent." [p.71]
La plupart des pionniers ravageurs du Congo ne répondirent de leurs méfaits devant aucun tribunal. Ils furent décorés.
Il ne s'agit sans doute pas du meilleur livre d'Éric Vuillard, mais l'avantage de sa lecture, outre les quelques railleries amusantes du début, est de susciter la juste indignation du lecteur affligé par les outrages des premiers colonisateurs du Congo.


J'ai lu tous ses livres. Tous relativement courts mais j'apprécie sa façon de plonger le lecteur dans un contexte historique en quelques phrases très évocatrices. (La guerre des pauvres - Les orphelins - L'ordre du jour - 14 juillet - Une sortie honorable...)
RépondreSupprimerRobert Spire
J'en ai lu quelques-uns, pas tous. J'ai particulièrement apprécié "Une sortie honorable" et "Tristesse de la terre". Il ne va pas par quatre chemins pour mettre le lecteur au cœur d'une affaire, d'une période, d'un récit blâmable, tout en ne faisant pas de l'histoire avec un "H".
SupprimerJe lirais volontiers "La guerre des pauvres", de ce que j'en lis sur la Toile.
Connaissez-vous (hors littérature mais dans le sujet) cette chanson de Tiken Jah Fakoli ?
RépondreSupprimerJe vous mets les paroles mais regardez si vous voulez/pouvez cet homme si étonnant.
https://www.youtube.com/watch?v=fFoThCFlD3c
Plus Rien Ne M'étonne
Tiken Jah Fakoly
Ils ont partagé le monde
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Ils ont partagé le monde
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Si tu me laisses la Tchétchénie
Moi je te laisse l'Arménie
Si tu me laisses l'Afghanistan
Moi je te laisse le Pakistan
Si tu ne quittes pas Haïti
Moi je t'embarque pour Bangui
Si tu m'aides à bombarder l'Irak
Moi je t'arrange le Kurdistan
Ils ont partagé le monde
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Ils ont partagé le monde
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Si tu me laisses l'uranium
Moi je te laisse l'aluminium
Si tu me laisses tes gisements
Moi je t'aide à chasser les Talibans
Si tu me donnes beaucoup de blé
Moi je fais la guerre à tes côtés
Si tu me laisses extraire ton or
Moi je t'aide à mettre le général dehors
Ils ont partagé le monde
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Ils ont partagé le monde
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Ils ont partagé Africa sans nous consulter
Ils s'étonnent que nous soyons désunis
Une partie de l'empire Mandingue se trouva chez les Wolofs
Une partie de l'empire Mossi se trouva dans le Ghana
Une partie de l'empire Soussou se trouva dans l'empire Mandingue
Une partie de l'empire Mandingue se trouva chez les Mossi
Ils ont partagé Africa sans nous consulter
Sans nous demander, aïe-aïe-aïe, sans nous aviser
Ils ont partagé le monde
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
Plus rien ne m'étonne
C'est en effet tout à fait le sujet. Je connaissais le chanteur mais non ce texte, ni sa mise en scène avec un tel accompagnement.
SupprimerMerci !
J'aime beaucoup ce qu'écrit Éric Vuillard. Des récits en forme de pamphlet, en effet. Une vraie autopsie de l'Histoire.
RépondreSupprimerEn effet, il a l'art de plonger dans les moments de l'Histoire qui , le plus souvent, suscitent des sentiments de révolte.
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