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| Quatrième de couverture de "Cousus ensemble" |
L'auteur classique n'est pas précisé dans le livre, il s'agit vraisemblablement de Voltaire, dont le vizir Zadig mesure la rareté des moments heureux dans une vie : "[...] il se souvenait qu’un grand vizir, son prédécesseur, avait compté tous les moments de bonheur de sa vie, et n’en avait trouvé qu’une matinée, [...]". ["Zadig ou la destinée", 1748]
Pour tenter de coudre ensemble ses moments de pure félicité, Bergounioux sonde des souvenirs autobiographiques.
L'auteur raconte avoir éprouvé un vrai bonheur, par un beau dimanche de juin, au bord de la Dordogne, à voir son père attraper quantité de poissons près de la rive ; chaque prise met l'enfant en joie. Cependant, deux choses ternissent le moment heureux : d'abord ces poissons qui les narguent au milieu de la rivière, éclats de soleil bondissants impossibles à atteindre ; puis l'inquiétude de ne pas rentrer à l'heure, car il y a loin de la rivière à la maison et, le soir, il doit se rendre à une fête de son école. Bonheur deux fois terni.
Plus tard, il est possible de remédier à ces félicités en demi-teinte, de "confier cela à celui qu'on est devenu" : adulte, il achète un matériel de pêche au lancer – sa paie y passe–, de quoi prendre les poissons nageant au centre du cours de la Dordogne. Il exauce ainsi celui qu'il était ce dimanche-là, et s'il le veut, imaginera un garçonnet accroupi sur l'herbe riveraine, empreint d'une joie démesurée à voir ramener un beau poisson du cœur de la rivière.
L'auteur poursuit : "... les événements qui remontent à l'enfance continuent d'appeler, du fond du temps, un écho, un aboutissement" et il cite Georg Groddeck, psychanalyste, "On a tous les âges à chaque instant".
C'est dans la rue, à vingt pas de la maison, un beau soir. Je ne sache pas que le jour enfui n'ait rien livré de spécialement bon, intéressant, nouveau. C'est le temps immobile de l'enfance, la paix qui descend sur la ville lorsque les magasins ferment leur porte et que les gens sont rentrés chez eux. Il se peut, mais ce n'est pas certain, que le parfait contentement que j'éprouve, alors, tienne à ce que, justement, l'espace public est débarrassé de l'affairement habituel, ouvert aux rêvasseries que j'y projette, faute de trouver mon compte aux choses, aux événements effectifs dont il est occupé pendant la journée. C'est à cette absence, ce vide, cette disponibilité que tiendrait ma félicité. Je ne sais pas. [p.22]
De Michon ("Vies minuscules"), je glisse naturellement vers Bergounioux. Ils se sont fréquentés, leur travail présente des similitudes et Michon apprécie l'abattage faulknérien de son compère. Ils sont tous deux grands admirateurs de l'auteur américain. Voir "Jusqu'à Faulkner", ici et là.

J'aime tout particulièrement Michon. Et Bergougnioux devrait me plaire. Mais je n'ai encore rien lu de cet auteur. Le passage cité révèle en tout cas une très belle langue.
RépondreSupprimerVous avez raison, l'écriture – la langue écrite – de Bergougnoux, comme celle de Michon et quelques autres anciens français des années 1980, n'étaient pas du "tout-venant".
SupprimerAu-délà du livre sur Faulkner (voir liens dans le billet), j'ai beaucoup apprécié "C'était nous" (1989). Je m'apprête à lire "Catherine" (1984), qui semble être son premier récit, d'après wikipédia. .
J'aime beaucoup votre billet, une lecture "de l'intérieur".
RépondreSupprimerMerci. Sensible à ce texte, j'ai tenu à en rendre au mieux les moments où je me suis senti en bonne intelligence avec l'auteur.
SupprimerOui, c'est un même monde...
RépondreSupprimerLe monde rural au siècle passé.
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