2 février 2013

La timidité du monde - Luc Baba


L'horizon me rebute
Il est sans pain, et sans caresse
Alors j'y vais le rire au front


L'erreur serait, avec ces strophes, de la poésie, de s'accrocher à sa logique, de décrypter selon des schémas coutumiers, de chercher la devinette sémantique. Lire un poète, comme on fait du cheval, c'est se laisser porter au rythme de l'animal car se raidir meurtrit en compromettant la prochaine balade. Laisser monter librement les mots bruts, les associations étranges, comme des saveurs et odeurs nouvellement chargées d'évocations.

J'émets ce préambule, parce que je ne lis pas souvent de poésie et il m'arrive de maintenir l'accommodation rationnelle au moment d'y entrer. Alors: ôter les lunettes pour que naissent flous colorés et mouvants qui ne sont pas le monde distinct et sûr, et qui le disent tout autant d'intuition.

Langue lunaire et tasse de thé
Se trouver poète
À manger du foin
Écrire ! Oh, nom de Dieu !
Jeter des tambours au silence
Qui bondit sur l'eau de l'étang
Battant l'averse

Si vous avez suivi le Tango du nord de l'âme sur ce blog, vous savez que Luc Baba[1] n'a rien à voir avec les quarante voleurs ni avec la contrebande, encore qu'il soit publié cette fois en bookleg[2] de Maelström. Vous ne trouverez donc pas son dernier recueil dans le circuit des librairies traditionnelles et je peux difficilement vous communiquer tous les endroits[3] où se vendent exclusivement les booklegs, puisqu'ils accompagnent, par définition, les lieux de performance des artistes. Merci à lui de m'avoir transmis ce #95.

Ton enfant s'est coupé le bord du rêve


Poursuivant sa pratique intense de la langue et des mots, Luc propose un opus au ton inchangé et toujours aussi généreux, reconnaissable à ses assemblages et trouvailles sonnantes, à son implication dans les difficultés d'être dans une société effarouchée. Rapport aux sonorités: ces vers sans rimes, beaux aux yeux, sont faits pour être dits, mieux en musique, et j'entends facilement la voix grave et émue les remuer. Avec ce regret de n'avoir pu assister à sa récente lecture publique.

Avant même d'être l'horloge
Ton cœur était un poing d'enfant

Il est désespérément beau de voir l'homme crier au ciel sa solitude et sa désillusion devant la timidité du monde. Rien que cela, somptueux réconfort, mérite qu'on partage ces textes. Pour 3€, vous en ferez deux heures belles, ou trois si vous le voulez...

La maison des mots
Commençait par le toit
Où je vis désormais debout



Car, oui, les écrivains existent bien... 
  

[1] Un article complet de Jeannine Paque sur l'écrivain interprète dans Le Carnet et les Instants (papier) de Décembre-janvier (n°174 page 12). Le blog de Luc Baba ici.

[2] Jeu de mot sur bootlegde contrebande.
[3] Voir diffusion/distribution des booklegs. 

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