En exergue de son récit "Le jeune homme", Annie Ernaux écrit : "Si je ne les écris pas, les choses ne sont pas allées jusqu'à leur terme, elles ont été seulement vécues." Elle explicitera sa pensée sur le plateau de "La Grande Librairie" : les choses nous traversent, explique-t-elle ; pour qu'elles existent, elles doivent être écrites, passer dans cette forme-là. Sans cela, on ne comprend pas vraiment sa propre vie. Et encore cela ne suffit pas, ajoute-t-elle, car les ouvrages n'épuisent pas le vécu. Le temps continue de modifier les choses et transforme notre vision sur notre propre histoire pourtant déjà narrée. Ainsi, ses livres déjà écrits, elle ne pourrait pas aujourd'hui les écrire de la même manière. Même s'il y a des récurrences, même si d'œuvre en œuvre, elle revient sur certains événements, elle raconte différemment. L'identité narrative n'est jamais totalement stable ou définitive. Mais, dans son activité, elle fait jaillir le moi. [p.131]
Marianne Chaillan - "Écrire sa vie" (2024)
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Le Journal de Montréal (Photo Adobe Stock) |
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