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| Albin Michel, 2005 Livre de Poche - 213 pages |
Les lecteurs de l'autrice belge auront du mal à la reconnaître à travers cette dystopie dérangeante.
De son écriture vive et facile, elle raconte l'histoire d'une émission de téléréalité poussée à ses extrémités et dont le titre est évocateur : "Concentration". Une rafle emprisonne une masse de participants : déshumanisés, mal nourris, ils survivent sous les coups des kapos et sous l'objectif de caméras de télévision. Régulièrement, on condamne les plus faibles à une mort dans la souffrance.
L'émission fonctionne comme un camp de concentration : "C'est ce que veulent les gens. Le chiqué, le mièvre, c'est fini". [p.12] Zdena, femme insignifiante parmi les détenus, se voit nommer kapo et se sent valorisée par ce titre.
Le public suit et l'émission est un grand succès. De là à entendre déclarer par l'héroïne Pannonique que les principaux fautifs sont les téléspectateurs qui regardent est révoltant et élitiste. On sait que la plupart des téléspectateurs, disons les gens en général, sont curieux du malheur des autres, pleutres voyeurs, mais diminuer la responsabilité des organisateurs et des autorités est injuste. Sont-ce les téléspectateurs qui ont organisé des rafles pour constituer un panier d'acteurs voués à la torture et à la mort ?
Cette gracieuse jeune femme, prénommée Pannonique, résiste. Elle est maligne et charismatique et si parfaite qu'on y verrait une sorte de Jésus au féminin. Le kapo Zdena en tombe amoureuse et lui fait des faveurs (schlague adoucie, chocolat), espérant un retour sensuel.
Pannonique, dégoûtée, s'insurge face aux caméras contre les gens qui regardent l'émission. Elle devient contre son gré la vedette du show.
Lorsque l'émission connaît une baisse d'audience, il est décidé de confier au vote des spectateurs la désignation des prisonniers à éliminer. Pannonique, tournée vers une caméra, se déclare volontaire pour mourir. Comment réagiront-ils ? Comment réagira Zdena ?
Voilà les ingrédients de cette fiction cruelle et inquiétante, reflet des camps de concentration nazis.
Le dénouement du roman me semble expédié en quelques pirouettes faciles.
Il est tentant de rejoindre la critique parue dans "Le Parisien" (P. Vavasseur, 25 août 2005) qui y voit "une banalisation de la Shoah pour mieux dénoncer les risques de la téléréalité". Considérant que l'autrice a commis "un livre en trop", le journaliste ajoute que si "l'éditeur a accepté de le publier, un peu de recul suffit pour comprendre que tout ceci ressemble surtout à un coup de marketing nauséabond".
Au-delà de toutes les polémiques, le roman suscite des questions qui ont fait l'objet de travaux scolaires. Sur un fond sinistre, le texte ne contient aucun passage réaliste (sang, tortures, etc.).
Note sur Pannonique.
Amélie Nothomb aime les prénoms rares. L'adjectif pannonique désigne la plaine de Pannonie, au centre et au sud-est de l'Europe, sur les territoires de la Pologne et de la Hongrie. L'emploi dans son roman est probablement une référence explicite eu égard au contexte ...
Dans l'émission "Concentration", les détenus sont identifiés par un code de trois lettres et trois chiffres et leur prénom est aboli : CKZ 114 pour l'héroïne.
(Extrait à venir)

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