17 avril 2014

Sukkwan Island - David Vann

On peut avoir envie de partir au bout du monde avec son jeune fils pour lui apprendre la débrouille et la nature, pour s'en faire un vrai ami. Mais on n'a pas l'impression que les motivations de Jim sont réellement celles-là. Il a de mauvaises relations avec ses deux épouses lassées de ses infidélités, dont la mère du garçon qui ne voyait pas d'un bon œil cette retraite sauvage sur une des 1100 îles désertiques de l'Archipel Alexandre, côte sud-est de l'Alaska. Partir permet parfois de reconstruire et conquérir de nouveaux territoires affectifs, la nature hostile scelle les liens qui permettent de l'affronter.

Roy a tôt fait de comprendre que l'affection de son père défaille, que le séjour sera difficile, terrible, dans cet endroit qu'il a envie de fuir, à trente kilomètres d'un éventuel voisin. Il veut retrouver sa mère, sa sœur car l'aventure le déçoit vite, il n'y trouve que labeur, froid et solitude. Le soir au moment de dormir, son père sanglote en silence. Pourquoi ? Il faut survivre et préparer l'hiver. Un jour son père l'emmène en expédition sur les sommets de l'île. À bout de souffle, perdus dans les nuages, ils manquent se perdre dans la nuit glaciale. Au retour à la cabane, tout est dévasté : un ours a fouillé les vivres et déchiqueté les boîtes de conserve, lacéré les sacs de couchage, démoli la radio. La colère de son père l'emporte sur les traces de la bête, laissant Roy seul deux jours, terrifié et désespéré. Il ne revient qu'après avoir abattu l'animal. Le garçon n'est pas certain que ce soit justice équitable, d'eux et des ours, qui sont les  intrus ? 

Il faut désormais enterrer les vivres, poissons et gibiers fumés, à l'abri des animaux curieux. Faire du bois, le garder au sec. Le travail est dur, les premières neiges, des pluies torrentielles et rien qu'une partie de cartes le soir, maussade, sans entrain. Puis survient le drame là où on ne l'attend pas, qui clôture la première partie du roman.
La seconde est un cauchemar dont le lecteur s'inquiète impulsivement de l'issue malgré les scènes pénibles, insoutenables, dont David Vann n'a aucun scrupule à décrire l'aspect sinistre. L'on comprend et accepte que cela se déroule de la sorte, car tout demeure authentique, atout d'un roman plus noir que thriller, qu'on ne lâchera qu'au point final.

Adroit mélange entre suspense et nature writing (Gallmeister), une réussite, récit intense et sans fioritures littéraires, au trait alerte, précis. Consommer sans mesure, avec de légères réserves pour les âmes très sensibles. Si vous êtes friands de coupures de presse, dénombrez les dithyrambes en défilement automatique sur le site de  l'auteur.

Sukkwan Island est tiré de Legend of a suicide, en partie autobiographique.

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