31 mai 2026

Visages du mal

Actes Sud Babel, 2012
95 pages

Qualifiées de "Récit", ces quelques dizaines de pages, 
qui ne revendiquent en aucun cas le statut de livre d'histoire, font plutôt office de pamphlet. 
L'objet en est l'époque de la fin du 19e siècle où les Grands des pays occidentaux "s'emmerdaient" (sic). Leur ambition et leur soif de richesse voulaient un joujou et ce fut l'Afrique qu'ils se partageraient. 
Sans inviter les premiers concernés, à savoir les indigènes africains, peuple ou rois, dont, accessoirement, les négriers s'occupaient depuis quelque temps déjà.

Le début du livre est développé sur un mode caustique qui prête à sourire. Vuillard taille des costards à des sommités, personnages importants comme Bismarck ou les Chodron de Courcel, parmi les quatorze acteurs de la Conférence de Berlin (1884-1885), destinée à partager le gâteau africain. 
D'Alphonse Chodron : "Car on est grand homme de cette façon-là, un peu châtelain, un peu poète ou jardinier, un peu homme d'affaires, président du conseil d'administration de telle ou telle compagnie, prince de la chaussure, négus du charbon, énorme grenouille." [p.21]
Au départ, le roi Léopold II ne désire pas le Congo pour l'État belge, il veut une propriété privée. Il saura dorer la pilule à l'élite européenne en créant l'Association internationale africaine comme paravent philanthropique pour son projet privé d'exploitation des richesses de l'Afrique centrale (caoutchouc et ivoire). 

Progressant dans le récit, Vuillard s'indigne, se fait de plus en plus mordant. Lorsqu'il décrit les frères Goffinet et les violences du tortionnaire Léon Fiévez, l'écrivain ôte ses gants caustiques pour sortir les griffes.
"L'effroi nous saisit en regardant ces photographies d'enfants aux mains coupées, les cadavres, les petits paniers pleins de phalanges, les tas de paumes, l'effroi, mais surtout une peine immense, et cette peine, c'est elle qui rapproche sans le vouloir la photo de Wahis [Théophile Wahis, fidèle du roi Léopold II] et celle des enfants, c'est elle qui rapproche les médailles et les moignons, c'est elle qui réclame de voir les carrosses, les loges de théâtre, toutes ces babioles jetées à la face des photographies légendaires pour qu'elles les dévorent." [p.71]
La plupart des pionniers ravageurs du Congo ne répondirent de leurs méfaits devant aucun tribunal. Ils furent décorés. 

Il ne s'agit sans doute pas du meilleur livre d'Éric Vuillard, mais l'avantage de sa lecture, outre les quelques railleries amusantes du début, est de susciter la juste indignation du lecteur affligé, en rappelant les outrages des premiers colonisateurs du Congo.



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