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| Actes Sud, 2025 - 71 pages |
Traduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin
Le monde n'est pas la Terre. La Terre est plus que le monde, que tous les pays réunis. Son système de processus physiques, chimiques et biologiques sur le sol, en mer, dans la glace et dans l'air où la vie a pu naître, nous rappelle aujourd'hui qu'à force de ne voir que le monde, on oublie la Terre.
La politique climatique internationale est héritière de quatre siècles d'histoire diplomatique que résume David Van Reybrouck, depuis le XVIIe siècle avec Richelieu et la raison d'État jusqu'à la diplomatie multilatérale de l'O.N.U. Malheureusement cette diplomatie traditionnelle n'est pas en mesure d'affronter les nouvelles menaces qui s'annoncent, car les intérêts bien compris de la politique mondiale anthropocentrique ne correspondent pas à ce qu'exige une jeune politique de la Terre. C'est une tragédie : les lois de la nature n'ont que faire des nations, des intérêts financiers, de nos guerres, progrès technologiques et soifs de pouvoir.
L'accord sur le climat à l'issue de la COP28, en 2023, fut encensé par la presse mondiale. Mais pourquoi, alors que les négociateurs savaient depuis longtemps que les humains étaient à l'origine du changement climatique, que les combustibles fossiles étaient responsables de plus de 75% de la production des gaz à effet de serre, pourquoi cette COP28 se contentait-elle d'appeler les gouvernements à renoncer aux énergies fossiles, qui plus est, seulement à l'horizon 2050 ?
La réponse est un douloureux constat : divergence d'intérêts nationaux et surtout le constant lobbying des secteurs industriels, avec leur logique à court terme. La diplomatie de bon papa se révèle complètement inadaptée à la résolution des défis planétaires actuels. [p.27-28]
Chaque année, la COP grandit et est de plus en plus inopérante, la faute au lobby fossile qui prend le dessus. En 2023, à Dubaï, 2.456 lobbyistes du secteur des combustibles fossiles ont obtenu une carte d'accès officielle, soit quatre fois plus que l'année précédente ! (Les lobbies sont qualifiés du terme propret de « parties prenantes »). [p.32]
Ceci alors que les scientifiques ont identifié récemment neuf limites planétaires critiques dont sept ont été franchies. (voir graphique ici) [p.29-30]
Le fossé entre les attentes de l'humanité et les performances de la diplomatie est très profond. Où l'humanité peut-elle s'exprimer en tant qu'humanité ? Comment la sagesse collective des humains peut-elle se faire entendre ?
L'essai aborde l'idée d'Assemblée mondiale, une initiative du bas vers le haut qui vise à faire parler le monde indépendamment des intérêts nationaux et des lobbies bien établis.
La première eut lieu en octobre 2021, encouragée par António Gutteres et par le président de la COP26, réunissant un panel climatique de personnes ordinaires, sélectionnées selon des critères que précise l'auteur, suivi d'un tirage au sort. [p.42 et suivantes]
La Déclaration finale de cette Assemblée mondiale témoignait de plus d'ambition que celle des COP. Elle proposait une répartition équitable des responsabilités en fonction des émissions et des capacités antérieures. Elle appelait aussi à ce que les pays vulnérables participent aux décisions, demandait la prise en compte des droits environnementaux dans la Déclaration universelle des droits humains, une protection juridique de la nature contre l'écocide, une transition énergétique équitable avec un soutien aux pays moins prospères. Enfin, elle exigeait une responsabilité partagée entre citoyens, autorités et entreprises pour un avenir durable.
Les participants en avaient fait plus en douze semaines que les COP en trente ans. [p.42-45]
Imaginez une Assemblée de ce genre intégrée dans le cadre des COP. Elle hisserait la responsabilité planétaire bien au-delà des intérêts nationaux et industriels qui entachent leur déclaration finale. Au-dessus de la diplomatie multilatérale, est possible une diplomatie planétaire, fondée sur la raison de Terre.
David Van Reybrouck invite à ne pas être obnubilé par les modèles de diplomatie européens, fussent-ils renouvelés par la participation de citoyens du monde. Il existe d'autres traditions diplomatiques sur la planète. Ainsi :
- la diplomatie chinoise classique qui s'appuie sur l'idée de tianxia et sur les valeurs confucéennes.
- le concept indien "le monde est une seule famille" issu des Upanishad.
- l'Indonésie connaît une tradition profondément enracinée de réunions villageoises, fondées sur la concertation et le consensus, qui nourrit la politique moderne.
- la philosophie africaine d'ubuntu est une puissante évocation de la solidarité humaine et de l'interconnexion de tout le vivant.
Il est urgent d'encourager plus de justice démographique. La Chine, l'Inde et l'Indonésie représentent ensemble plus de 38% de la population mondiale. En 2050, un quart de la population du globe sera africaine. Il est normal que certaines de leurs conceptions philosophiques et spirituelles fondamentales contribuent à la future politique de la Terre.
L'auteur cite encore un essai de Laurence Tubiana et Ana Toni : "Les arguments en faveur d'une assemblée mondiale sur le climat". Dans le cadre des assemblées citoyennes par tirage au sort des participants, il s'avère que les citoyens délibèrent plus librement et sont moins freinés par des intérêts partisans que les élites politiques. D'où des recommandations plus ambitieuses et volontaristes.
"Le monde a démantelé la Terre et, à présent, la Terre démantèle le monde. La seule manière de nous protéger et de préserver l'habitabilité consiste à traiter la Terre en tant que Terre."


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