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Jean-Marc Defays Murmure des Soirs, 2024 173 pages |
Sachant que l'auteur est liégeois, on ne doute pas que ses balades, fertiles en méditations et rêveries, se déroulent autour des Coteaux de la Citadelle, dont on vient en ce début d'octobre de célébrer les nocturnes. Des bougies ont illuminé les 374 marches de l'escalier vers la butte.
Du fait que le nom de Liège n'est énoncé nulle part, les considérations du promeneur acquièrent un caractère général. Encore que certaines évocations relèvent du régional, tel cet hôpital jouxtant un enclos de fusillés, "une institution vouée à la vie, comme pour démontrer qu'elle a toujours l'avantage – même provisoire – sur la mort". [p.49]
Intellectuellement, le chapelet de réflexions proposé par Jean-Marc Defays est moins ardu, selon moi, que le franchissement physique des coteaux et l'on se laissera aller paisiblement aux mouvements de son esprit stimulé par la marche. Ils sont spécifiques, pour la plupart, de ce qui préoccupe – ou pourrait préoccuper – toute personne honnêtement sensée et cultivée : et si l'on y philosophe, ce n'est jamais pour sortir de sentiers balisés, ni pour forcer le pas, tandis que les galimatias sont exclus.
Les deux font la paire : le promeneur Jean, dont les pensées sont exposées et le narrateur, à savoir son chien – capable de raisonner, que croyez-vous ! – qui l'accompagne dans ses flâneries. Le livre comprend environ 150 textes de moins d'une page, sans titres, répartis en six parties. Les illustrations sont de l'auteur, au fusain semble-t-il.
Soyons sincères, l'on ne va pas s'éberluer à toutes les pages de ce carnet de promeneur solitaire : outre l'indignation envers des sujets autour desquels on a coutume de ruminer et palabrer (guerres, politiciens, attente au téléphone, travaux dans la ville, etc.), il s'y trouve d'intéressantes réflexions que ne dédaigneraient pas des penseurs qui tiennent le haut des affiches culturelles et littéraires. J'ai apprécié le goût du promeneur pour la sincérité, la simplicité, l'honnêteté intellectuelle, qu'il allie à une perspicacité bien placée et la volonté de bien dire. Sur ce point, le propos est limpide : Jean-Marc Defays est linguiste.
Deux trois thèmes, parmi d'autres, à méditer.
- L'un porte sur l'agacement de certains devant les films ou l'on ne trouve pas de logique, successions d'images magnifiques, sans histoire consistante : "Jean s'est demandé si ce n'est pas parce que l'existence n'a pas d'histoire cohérente ni d'explication logique que la plupart des humains attendent précisément que l'art – au même tire que la science, la politique ou la religion – lui en donne. Sans histoire ni explication, la vie est insupportable et un film ou un livre qui en fait la démonstration, malgré des compensations esthétiques, ne l'est pas moins." [p.80]
- Beaucoup de personnes du troisième âge, et des plus jeunes, approuveront cet incipit qui interroge les nouvelles valeurs : "Comme s'ils avaient été dessinés dans le sable, les points de repères – même ceux que l'on croyait indiscutables – s'effacent sous les vagues impétueuses et imprévisibles des médias, des réseaux sociaux, des dictats des modes et des idéologies. [...]" [p.170]
- Lors de controverses avec des gens qui n'acceptent jamais de remettre en cause leurs certitudes, l'homme éprouve de la colère en son for intérieur : "À chacune de ces occasions, il fait l'expérience intime du paradoxe de la tolérance qui doit accepter l'intolérance, quitte à se mettre en danger." [p.171]
- Puis cette incise : "Suivre sa pente, disait le poète, pourvu que ce soit en la montant". [p.126]
Je laisse à regret ce livre d'un abord aisé, qui m'était devenu aussi familier que son narrateur canin qui tient bien peu sa langue. Les paragraphes succincts donnent envie de cogiter sans façon avec l'avenant marcheur, dont on devine les compétences universitaires sous une casquette un peu pépère.
Merci à Babelio et les éditions Murmure des Soirs pour l'envoi du livre.
j'aime énormément ce genre de livre mais il est vrai que tous ne tiennent pas la distance et que parfois certaines pages sont décevantes
RépondreSupprimerVous dites bien ce que je pense de ces réflexions en balade. C'est agréable, quand même.
SupprimerHors sujet : j'ai écouté "La grande peur sur la montagne" (C-F Ramuz). Je pense que c'est par vous que je l'avais lu, il y a douze ans à peu près. À l'oreille, la langue m'a dérangé alors que non en lecture.
La couverture est originale, sobre et graphique, elle donne envie d'ouvrir le livre. J'imagine une lecture agréable, comme votre conclusion le laisse à penser.
RépondreSupprimerUne fois ouvert, il réserve quelques bons moments. Il y a aussi de nombreuses illustrations graphiques de l'auteur au fil des pages.
SupprimerMéditer en marchant, ou parfois simplement s'énerver sur des crottes de chien...mais oui! Moi aussi j'aime ce genre de livres où le corps et l'esprit sont en marche.
RépondreSupprimerMerci, bonne journée Christian.
Les crottes de chien... Celui qui « parle » dans le livre s'étonne que son maître le détourne des étrons qu'il renifle le long des sentiers et trottoirs ; alors, aboie-t-il, agacé, que les humains pondent une infinité de divagations livresques qui ne valent pas mieux que des crottes et finiront emportées par les premières pluies venues, à l'instar des déjections canines.
SupprimerRions-en, bonne journée, Colette.
Le concept de ce livre paraît en effet intéressant : paragraphes succincts, originalité des dialogues (avec un chien !), clarté des thèmes choisis, réflexions frappées au coin du bon sens... J'aime l'image du promeneur devisant en lui-même, à propos de tout et de rien, au gré du temps, de la saison, de son humeur, et des méandres du paysage qu'il découvre peu à peu...
RépondreSupprimerEn fait il n'y a pas vraiment dialogue, c'est le chien qui raconte tout. À propos de tout et de rien mais parfois, des réflexions qui mènent beaucoup plus loin si l'on aime philosopher.
SupprimerMerci de cette visite, belle journée !