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| Folio Gallimard, 2024 - 310 pages |
Le projet Lebensborn, dirigé par le Reichsführer SS Himmler, visait à assurer l'avenir de la race aryenne pure par la sélection d'enfants destinés à devenir l'élite du Troisième Reich. Le Heim Hochland, en Bavière, au centre de ce roman, fut l'une des nurseries où le projet fut mis en œuvre, parmi de nombreuses en Europe. Il y eut une pouponnière en Belgique, au château de Wégimont, près de Liège.
Himmler apparaît peu dans le récit, sinon au début, à l'occasion d'une visite protocolaire au Heim Hochland, cadre harmonieux destiné à accueillir les nouveaux-nés de l'ordre SS et leur mère. Renée, française arrivée de Normandie, enceinte d'un soldat allemand, le connaissait déjà d'avant. "Himmler est petit avec un menton fuyant et des yeux myopes, il a l'air doux, il ne l'est pas." [p.42]
Du point de vue racial, quelques enfants seulement sont susceptibles d'enrichir notre patrimoine. En tout et pour tout, deux enfants sont valables pour l'adoption. Dix-huit d'entre eux, non valables étant donné leur âge, devront être confiés à des parents nourriciers ou envoyés au travail. Cinq autres devront être totalement rejetés du point de vue racial et biologique. Parmi ces cinq, Agnès Fiala devra être stérilisée étant donné que les jeunes gens dans le camp commencent à s'intéresser à elle. Deux garçons doivent aussi être immédiatement stérilisés; l'un, Nikolaus Reiszer, parce qu'il est tuberculeux, l'autre, George Kuhn, parce qu'il a l'air dégénéré, avec ses oreilles décollées et ses épaules tombantes. (25 août 1941) [p.251]
- Renée, déjà évoquée plus haut, qui donne bientôt naissance à Arne, un petit garçon dont l'avenir dépendra d'un miraculeux concours de circonstances. Elle est prise entre deux feux : chassée par sa famille et tondue pour avoir fréquenté un soldat allemand, elle subit l'hostilité des Allemandes du Heim Hochland en tant qu'ennemie.
- Marek, polonais, rescapé de l'enfer de Dachau, en vit un autre en travaillant sous étroite surveillance dans le Heim Hochland. Violemment battu à la moindre incartade, il lui arrive de se nourrir d'épluchures, de boire l'eau vaseuse d'un étang et dormir dans la vermine. Renée dépose de temps en temps un bout de pain beurré à proximité de l'endroit où il se terre.
- Helga, infirmière allemande dévouée, cherche à remplir son rôle de son mieux, obéissant au médecin directeur de la nurserie. Avec cette arrière-pensée : "Je n’ai pas à m’occuper de ce que je pense. Mon devoir est d’obéir." Helga oscille entre obéissance et désir de repentance lorsqu'elle prend conscience de la banalisation du Mal auquel elle participe.

Le sujet (effroyable!) est de plus en plus connu , il existe une BD avec ce titre, et, curieusement, je me souviens d'un poche existant dans les années 1980, qui en parlait déjà... Impossible de retrouver titre et auteur, mais je revois la couverture, avec une gamine bien blondinette.
RépondreSupprimerJe ne connaissais pas très bien cet aspect de l'idéologie dévastatrice des nazis, du moins la façon dont c'était organisé.
SupprimerJe ne vois pas de BD avec ce titre, j'ai regardé un peu vite sur Google.
Je n'imaginais pas que Wégimont, lieu de détente tout près de Liège, avait abrité un haras humain.
Je n'ai pas lu ce roman, sur ce type de sujet j'ai toujours peur que le roman ne soit pas à la hauteur
RépondreSupprimerj'ai lu au moins 2 livres sur le sujet qui m'avaient horrifiée lorsque j'ai découvert ces faits il y a bien des années et l'horreur ne m'a pas quittée
En ce cas, il vaut mieux vous abstenir.
SupprimerLe roman de Caroline De Mulder est parfaitement adapté à ce thème délicat qui est envisagé avec retenue et rigueur.
Les choses étant telles qu'elles furent, il est néanmoins difficile de ne pas engendrer un sentiment d'horreur.
Cette histoire horrible d'humains traités comme du bétail est effroyable. Je tourne depuis quelques temps autour du roman. Apparemment l'autrice a su trouver le ton juste pour traiter ce sujet délicat.
RépondreSupprimerOui, la forme et le ton du roman conviennent très bien à un sujet aussi épouvantable. Vous pouvez y aller sans hésiter.
SupprimerLes enfants sont les premiers martyrs de ces horreurs. Il y en a d'autres qui pensent qu'ils sont les meilleurs spécimens de l'espèce et qui s'ingénient à supprimer ceux qui ne leur ressemblent pas. Hélas!
RépondreSupprimerSe penser meilleur spécimen parmi l'espèce est grave, sélectionner ceux qui sont différents pour les éliminer touche à l'horreur.
SupprimerTerrible.
RépondreSupprimerMoi j'ai vu un documentaire appelé "Lebensborn, Les enfants de la honte" et un film qui s'appelle "Les pouponnières du III Reich". Merci pour ce compte rendu, j'en sais assez maintenant sur ce sujet horrible.
Bonne semaine Christian.
Après avoir vu tout cela, je comprends que vous en ayez assez.
SupprimerBonne semaine.
Quand ce livre est sorti, je me disais que je tenterais la lecture de cette autrice belge, mais je n'en ai pas encore eu le courage.
RépondreSupprimerAprès une vilaine chute accidentelle il y a deux semaines, je pianote au clavier, mais je passe moins de temps dans la blogosphère et j'ai opté pour quelque temps, après l'essai de Siri Hustvedt, pour des lectures plus faciles. Bonne journée à vous, au rendez-vous de la lumière solaire.
Désolé pour cette chute, j'avais deviné que vous aviez des soucis à la suite d'un commentaire de vous sur une "Humeur" d'Alain. Bon rétablissement et profitez des livres faciles, j'y recours régulièrement pour me faire du bien.
SupprimerJ'ai lu votre compte rendu sur l'essai de Siri Hustvedt, sans le commenter, n'ayant rien à en dire de notable. Je comprends difficilement ce qui se passe avec cette essayiste, j'ai abandonné ces "mirages de la certitude" acheté il y a quelques années. Je devrais réessayer un autre essai ou un de ses romans.
Le sujet m'intéresse, mais j'attendais des retours sur les qualités littéraires de ce titre. Je vois que tu y as trouvé ton compte.. je retiens donc.
RépondreSupprimer.... « un grand soin toujours accordé à la langue tout en laissant la primauté au récit, mais l'art des phrases éclatées, sonores n'est jamais loin » placé en fin de billet donne une idée d'un style propre à C. De Mulder. Plus en suivant le lien sur "Le Carnet et les Instants". La qualité est là.
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