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| Gallimard, 2008 - 196 pages |
[Traduction de l'anglais (États-Unis) par Marie-Claire Pasquier]
Marcus Messner, lassé des remontrances autoritaires de son boucher kasher de père, qui craint pour son fils quelque malheur injustifié (pas tout à fait, on le verra), décide de changer de campus universitaire et s'en va étudier à l'université de Winesburg, à huit cents kilomètres de la maison parentale de Newark (New Jersey). Marcus, à 19 ans, est un étudiant de bonne volonté, travailleur, soucieux de réussir ses études. Il s'agit aussi d'échapper aux périls de la guerre de Corée en terminant major de sa promotion. Car la Corée signifiait alors mourir dans les tranchées où des soldats chinois en surnombre déboulaient soudain pour percer et démembrer au corps à corps les soldats Américains.
L'époque est celle des années cinquante en Amérique, avec ses hypocrisies, ses tabous et ses frustrations sexuelles. Les filles du campus flirtent plus ou moins sagement et les garçons tentent ce qu'ils peuvent. Néanmoins, épris de la séduisante Olivia Hutton, Marcus connaît un moment torride dans une LaSalle Sedan noire prêtée par son compagnon de chambre et est ébranlé par l'audace de cette fille à la mine vertueuse : "Victoire sans combat", ajoute Roth pour conclure ce moment chaud.
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| Lasalle Sedan 1940 |
La ligne suivante voit le roman prendre une tournure surprenante : le narrateur, Marcus, 19 ans, est mort et tout ce qu'il narre constitue ce dont son âme se remémore dans l'au-delà. Et ce dont il se souvient, ce qu'il nous raconte – le contenu du livre – est la seule chose que possède cette substance éthérée condamnée à penser éternellement les moments de sa vie.
"En tant que non-croyant, j'avais présumé que la vie dans l'au-delà n'avait ni horloge, ni corps, ni cerveau, ni âme, ni dieu - qu'elle ne comportait ni forme, ni règle, ni substance, que c'était la décomposition absolue. J'ignorais qu'elle n'était pas simplement non exempte de remémoration, mais que la remémoration serait exclusivement ce dont elle est faite."
S’ensuit un suspense qui tient jusqu'au bout du roman : comment est mort Marcus ? Comment ce bon élève doué, honnête et bosseur va-t-il s'enfoncer dans de graves ennuis par malchance et des choix inopportuns ?
Une de ses erreurs est la rébellion, induite par une indignation due aux torts et injustices dont il s'estime victime. Il est en outre partisan des thèses libérales du philosophe et moraliste Bertrand Russell, ce qui s'accorde peu avec les conceptions conservatrices de l’Université.
Convoqué par le doyen des étudiants, Marcus se met en colère et ne peut se taire : le dialogue entre le supérieur inquisiteur, maître de lui, et l'étudiant révolté constitue un moment crispant décrit avec verve par Roth.
Le roman est captivant tant le garçon est entraîné de façon terrible, incompréhensible par ses décisions les plus banales, fortuites, voire cocasses, aux conséquences disproportionnées. La troublante Olivia, déséquilibrée psychologiquement, y joue un rôle non négligeable.
Au fond, n'aurait-il pas dû écouter son père qui s'inquiétait tant de le voir s'éloigner de la boucherie familiale et du campus de Newark, craignant on ne sait quoi ?
Ironie du sort, on passera d'une boucherie à une autre. N'en disons pas plus pour préserver la trame imaginée par un Philip Roth en pleine forme pour décrire son Amérique.
"
Indignation" est le deuxième volume de Philip Roth parmi les quatre que
Wikipédia réunit sous le titre "C
ycle Némésis" qui comprend :
- "Un homme" (2006)
- "Indignation" (2008)
- "Le rabaissement" (2009)
- "Némésis" (2010)
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