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23 juin 2026

Le Soleil à Versailles

Émilie Aubry (Arte - "Le dessous des cartes"), dans son éditorial préfaçant les actualités géopolitiques hebdomadaires (courriel tous les samedis), cite très à propos Louis XIV. Une manière pour la journaliste de blâmer un Américain à Versailles :
"Il est très malaisé de parler beaucoup sans dire quelque chose de trop".

"Quand on peut tout ce que l'on veut,
il n'est pas aisé de ne vouloir que ce que l'on doit".

Louis XIV par Pierre Mignard

27 septembre 2022

Sécheresse

L'an passé à pareille époque, des Belges pansaient les plaies des victimes des inondations dans la région Vesdre, Ourthe, Amblève. Cet été, malgré la pluie revenue, on n'oublie pas la sécheresse qui a jauni les verdures, mis les rivières à nu et provoqué des incendies ravageurs. En juin déjà, une connaissance et sa famille se trouvèrent sans eau dans une maison en Provence. Inondations/sécheresse, les deux côtés d'une même pièce. 

On trouve un entretien simple et clair avec une hydroclimatologue (Florence Habets) dans "Le Un Hebdo" [31 août, n° 412]. Voici quelques points évoqués.

Quand le sol est sec, il absorbe lentement (comme une éponge sèche) et "s'il pleut 100 millimètres en trois heures, ça ne passe pas". Les pluies ruissellent au lieu de s'infiltrer jusqu'aux nappes phréatiques : et l'on voit l'eau dévaler la grande rue.

On augmente les lâchers aux barrages en amont pour soutenir le niveau des rivières. Si la sécheresse dure, les débits sont abaissés ce qui entraîne une réduction de la production hydroélectrique. De même, la diminution du débit constitue un danger pour le refroidissement des centrales nucléaires (on parle de la France).

Outre l'arrosage intensif de terrains de golf et de football, la spécialiste s'interroge sur des usages qui ne seront plus viables : "Peut-on accepter que certaines nappes soient surexploitées pour pouvoir vendre de l'eau minérale ? Le partage de l'eau va devoir faire l'objet de discussions approfondies pour définir les priorités d'usage, y compris du côté des agriculteurs, qui restent les premiers consommateurs d'eau du pays. Ces dernières années, on a constaté une explosion de l'irrigation de la vigne : est-ce vraiment vital dans tous les territoires ? Idem pour les oléagineux : devons-nous irriguer très fortement des champs dont beaucoup sont là pour produire des biocarburants ?"

La climatologue s'inquiète de l'ambiguïté du discours public qui "fait miroiter la possibilité de ne rien changer, d'être sauvés par le progrès technique, de se fier à la bonne volonté de chacun. C'est un leurre qui finira par nous faire tous culpabiliser. Seules des réglementations fortes peuvent nous aider à concevoir un monde plus compatible avec les exigences climatiques.

Tout le monde en convient et la ritournelle dure.

Ce numéro du "Un" propose un heureux mélange d'informations instructives, de littérature et même de philosophie (Jean-Philippe Pierron).

25 mai 2020

Le retour de "La peste"

Il y a des personnages qui combattent la peste (Rieux et Tarrou), ceux qui la cartographient en statistiques (le fonctionnaire Grand), ceux qui tentent de trouver des explications à l'épidémie (le curé Paneloux), ceux qui tentent de fuir la contagion (le journaliste Rambert) et enfin ceux qui profitent de la situation (le trafiquant Cottard). «L'empathie pour ces différents personnages aide à comprendre les réactions de certaines personnes de notre entourage », estime David Martens [professeur de littérature à la KULeuven].
« L'idée que vous êtes dangereux pour les autres et que les autres sont, eux aussi, dangereux pour vous se trouve également dans le roman, ajoute-t-il. Il y a beaucoup d'incertitudes et c'est l'un des plus importants parallèles avec la situation actuelle : quand tout cela va-t-il finir ? Personne n'a l'air de le savoir. Les personnages de Camus n'ont pas la réponse non plus. »

Extrait d'un article du  "Morgen" paru dans le "Courrier International" (16-22 avril 2020) 


3 mai 2020

13 mars 2020

Green : swamp

On ne se refait pas, j'ai l'autre jour racheté "Le nouveau magazine littéraire", ce devait être par nostalgie. J'avais un bon alibi : on y consacre des pages aux raisons de relire Nathalie Sarraute. 
Puis j'y ai trouvé un bon article sur le Journal non expurgé de Julien Green. Il paraît que Green était une bête de sexe : suit un court extrait où il est question de beau garçon et de pine. Soit. Contre-pied : l'auteur de l'article, Noël Herpe, se souvient qu'il est devenu lecteur de romans grâce à "Adrienne Mesurat" et il cite cette belle fulgurance du Journal où Green "se fait le porte-parole de la mort" :
"Je ne puis décrire cette maison qui est une des plus fameuses de tout le pays. Ce qui m'a le plus frappé semblerait insignifiant à tout le monde : une grande glace qui vient des Tuileries et qu'on a accrochée au salon, entre deux fenêtres. Elle a perdu son tain, mais, telle qu'elle est, m'a paru splendide, car elle est toute noire, noire comme l'eau des étangs où pourrissent des arbres, et elle reflète vaguement le salon dans ses profondeurs ténébreuses. J'aurais voulu rester là, un peu de temps, à imaginer des choses impossibles, la pièce entière émergeant d'un swamp, la petite tête fine et moustachue d'un rat divisant l'eau immobile, entre les pieds délicats du clavecin."


7 avril 2019

La vérité (2)

Suite : "Les Cahiers de Science & Vie" n°183.

SCIENCES : LES LIMITES DE LA MÉTHODE[Emmanuel Monnier]


Rassurons-nous d'abord : "même si la science ne peut atteindre la perfection que nous souhaiterions, elle reste la construction rationnelle la plus efficace que nous possédons." (Hervé Zwirn).

Il est évident que l'on a dû revoir les illusions portées par le Cercle de Vienne dans les années 1920 où l'on espérait fonder le savoir sur des bases certaines. Car la relativité d'Einstein vint démolir la mécanique newtonienne puis, tout de suite après, la physique quantique a déstabilisé les fondements des sciences de la matière. Aujourd'hui, c'est la fin des certitudes : l'espace et le temps sont relatifs, la trajectoire des particules indéterminée et le fait de mesurer un système le modifie radicalement.

4 avril 2019

La vérité (1)



Paul Watzalawick, à la fin du dernier billet, mettait en garde contre l'illusion de considérer sa propre réalité comme la seule. Chacun croit détenir la vérité, il serait plus exact d'écrire "une" vérité. Mais qu'est-ce que la vérité? Comment savoir ce qui est vrai ?

2 mars 2019

Dis-moi la fin !

Personne ne sera très heureux, pense-t-on, de se voir révéler prématurément le dénouement d'une histoire, qu'il s'agisse de cinéma ou de lecture. Et pourtant. Le hasard m'a fait croiser un article du magazine "NEON" qui envisage positivement le spoiler[*] sur base de deux études scientifiques : les psychologues Jonathan Leavitt et Nicholas Christenfeld (University of California, San Diego) affirment que spoiler ne gâche rien, au contraire. Car se libérer du scénario en connaissant le dénouement permet de mieux se concentrer sur l’oeuvre elle-même et de mieux en profiter. Nous le savions déjà, l'important c'est le chemin, pas le but.
La première étude (2011) porte sur 819 personnes (75% de femmes) qui ont donné leur sentiment après avoir lu des récits, parmi lesquels des mystères, histoires avec chutes et œuvres littéraires. Il s'est agi de mesurer le degré de satisfaction des lecteurs selon que le dénouement leur avait été préalablement révélé ou pas. Les histoires ne devaient évidemment pas avoir été lues auparavant.

Il apparaît que les lecteurs ont préféré significativement les histoires spoilées à celles qui ne l'étaient pas, malgré la divulgation de la fin. C'est aussi le cas pour les récits littéraires, qui ont néanmoins été globalement moins prisés.

La seconde étude (2013) se proposait de comprendre pourquoi spoiler augmente la satisfaction de lecture. Trois expériences ont porté chacune sur plus de deux cents personnes (la répartition des genres était ici plus équilibrée). On a tenté de déterminer si le plaisir est accru par l'augmentation de la fluence (fluidité de lecture), du plaisir esthétique ou simplement parce que le dénouement auquel on s'attend se produit. Notons que les sujets ont été interrogés à mi-lecture et non à la fin. On a aussi évalué l'effet du dévoilement sur la fluence en tenant compte de la complexité du scénario, une histoire simple étant déjà facile d'emblée.

Il semble à l'analyse des résultats que l'augmentation de satisfaction des sujets pour les récits spoilés est due à l'accroissement de la fluidité de lecture. Il se peut que cette fluence accrue soit induite par à une compréhension plus profonde des éléments thématiques, sans que ne soit altérée la présentation artistique des récits. Les auteurs conviennent que des recherches supplémentaires seront nécessaires pour explorer la compréhension des relations entre spoiler et fluidité. Ils concluent leur discussion en ajoutant : "Informer secrètement une personne de la surprise qu'on réserve pour sa fête augmentera son plaisir, car elle est mieux en mesure de relier le comportement mystérieux de l'entourage à l'objectif secret, et, de même, un employé découvrant des intentions de licenciement de son entreprise peut éprouver moins de mécontentement, dans la mesure où il lui devient plus facile, ainsi averti, d'interpréter la signification des événements qui surviennent désormais au travail."

Les deux documents (en anglais) sont téléchargeables :
étude de 2011  ("Story Spoilers Don’t Spoil Stories")
étude de 2013 ("The fluency of spoilers")


Sur ces sujets, on retournera volontiers au compte-rendu d'un article de Raphaël Enthoven ("Philosophie Magazine") qui écrivait : "Une histoire qu'on souille quand on en révèle la trame est une histoire dont l'intérêt ne repose que sur des péripéties. La matière l'emporte sur la manière".

[*] rappelons que "spoiler" (mot de l'année du journal "Le Soir" en 2015) est l'action de révéler la fin d'un récit et en même temps le substantif pour désigner le gâcheur.

16 février 2019

L'esthète foudroyé


Je ne crois pas que dans vingt ou trente ans, l'on recherchera les numéros du "Magazine littéraire" nouveau comme on le fait pour les anciens consacrés à de copieux et excellents dossiers d'auteurs qui donnèrent à la publication ses lettres de noblesse. Gageons qu'alors aura disparu l'adjectif "littéraire", pas porteur sans doute, car déjà minoré en couverture de la nouvelle formule, qui a en outre opté pour une renumérotation depuis 1 – ce qui à mon sens est potentiellement l'indice d'un redémarrage à zéro. Faire beaucoup de place aux débats d'actualité, est-ce la vocation d'une revue littéraire ?

Il n'empêche, le dossier consacré à Oscar Wilde tout à la fin de l'exemplaire de janvier (n°13) est bien fait (nonobstant les numéros de notes qui ne renvoient à rien). Au centre, l'article "Les bonheurs du sophistede Pascal Aquien (spécialiste de Wilde) s'attache à analyser sommairement paradoxes, chiasmes et aphorismes qui abondent dans l'œuvre de l'Irlandais. Chez Wilde, le langage n'a pas prétention à vérité : il joue la surprise, non la persuasion, il préfère divertir plutôt qu'éclairer. Chez les sophistes, à la virtuosité sans profondeur, les dieux n'existent pas et "l'homme est à lui-même sa propre œuvre, et son arme et son outil premiers sont le langage". Wilde s'est approprié cette démarche qui, par les mots, contribue à produire le monde et se délivrer du joug de la raison critique. Pascal Aquien précise : "On pourrait avancer que la vérité l'indiffère. Plus exact serait de dire que sa démarche est de signifier que l'être n'est qu'un produit du dire."

5 novembre 2018

Végétarisme

"À certains égards, l'animal constitue un obstacle pour l'industrie agroalimentaire - il faut l'héberger, le nourrir, le soigner... –, qui n'aura aucun scrupule à s'en éloigner si elle trouve une matière première plus rentable. [...]. L'engouement végétarien peut paradoxalement générer une nourriture de plus en plus artificielle, renforçant ainsi la mainmise de l'agro-industrie sur la chaîne alimentaire."

"Le temps des charcutiers végétariens" (Benoît Bréville)  - "Le Monde Diplomatique" (juillet 2018)

Lexpress.fr
Après avoir exposé les motivations légitimes des végétariens (écologie et cause animale), l'article note également que la viande a "changé de camp sociologique", les ouvriers et non diplômés en consomment désormais plus que les classes favorisées où le végétarisme se transforme en étendard. Ainsi dans "Le Point", on parle de nouveau régime à la mode. Le magazine "Elle" abonde : zapper la viande est branché. La styliste Lolita Lempicka vante son "business glamour végane". La stigmatisation des ouvriers d'abattoir est aussi abordée : "Le bien-être des animaux d'élevage passe par celui des travailleurs de la filière, et tous deux dépendent du même impératif : ralentir la chaîne."

16 septembre 2017

Traduire

Le traducteur est méconnu ; il est assis à la dernière place ; il ne vit pour ainsi dire que d'aumônes ; il accepte de remplir les plus infimes fonctions, les rôles les plus effacés ; "servir" est sa devise, et il ne demande rien pour lui-même, mettant toute sa gloire à être fidèle aux maîtres qu'il s'est choisis, fidèle jusqu'à l'anéantissement de sa propre personnalité intellectuelle. L'ignorer, lui refuser toute considération, ne le nommer, la plupart du temps, que pour l'accuser, bien souvent sans preuves, d'avoir trahi celui qu'il a voulu interpréter, le dédaigner même lorsque son ouvrage nous satisfait, c'est mépriser les qualités les plus précieuses et les vertus les plus rares : l'abnégation, la patience, la charité même, et l'honnêteté scrupuleuse, l'intelligence, la finesse, des connaissances étendues, une mémoire riche et prompte, - vertus et qualités dont quelques-unes peuvent manquer chez les meilleurs esprits, mais qui ne se trouvent jamais réunies dans la médiocrité. Il nous faut donc respecter, et même honorer publiquement, en la personne de l'habile et consciencieux traducteur, ces traces des perfections que nous adorons dans ce que nous concevons de plus élevé ; il nous faut donc louer, en même temps que son nom et ses mérites, les puissances du monde intelligible par lui glorieusement, et modestement, manifestées dans le monde sensible.

Valéry Larbaud, 1957 - "Sous l'invocation de Saint-Jérôme"


Le travail dans l'ombre du traducteur, de la traductrice, est justement (et un peu pompeusement) honoré par Larbaud dans un encart du hors-série du magazine "Le 1" (aoūt 2017).
Malgré toute la sympathie éprouvée pour le format insolite de ce journal (évitez-le dans le métro aux heures de pointe), on peut douter de l'intérêt d'avoir scindé ce passage sur une seule feuille pliée en seize, dont la lecture exige une gymnastique pénible pour en trouver la bonne séquence.

9 août 2017

Exercice pour le soir

Arrête-toi. Au lieu de haleter de seconde en seconde
Comme un torrent de roc en roc dévalant sans vertu,
Respire
Plus lentement et sans bouger, les pieds croisés, les mains jointes,
Regarde, comme si c'était le monde tout entier,
Un objet, menu et domestique, par exemple 
Cette tasse

Néglige sa courbure, ce bord ondulé, des dessins bleus.
Ne considère que l'intérieur, cette cavité blanche, cette surface
Lisse
L'eau n'est lisse ainsi que les soirs de grand calme
Après une journée qui rassemble et retient son bonheur
Au centre du silence où s'arrête son souffle.

Peux-tu nommer un jour, une heure, sans reflets d'hier,
Sans impatience de demain, où ton âme fut ainsi
Lisse ?
N'écoute pas ton cœur, ne compte pas ton pouls, ne songe pas
Au temps qui vers la mort te traverse, mais seulement
En arrêtant ton souffle regarde cette pure et seule qualité
De lisse.

Si maintenant tu apprenais à fixer ton regard, ta pensée
Ton âme sans ciller sur quelques centimètres carrés de
Lisse,
Peut-être alors, sans fuir le monde, sans éviter les femmes,
Sans changer d'état, de pays, de nourriture,
Pourrais-tu espérer un jour commencer à comprendre
Le monde entier.
...


P-A Renoir (1900)
Texte repris dans "Le 1", hebdomadaire au format inhabituel. Journal d'idées pour lecteurs pressés, il existe depuis plus de trois ans, mêle l'imaginaire et le rationnel, propose un seul thème par numéro. Le hors-série (Été 2017) Comment débrancher? (en vacances) est consacré au lâche-prise.


28 mars 2017

Retour à Babylone

Une lecture fructifie parfois tardivement. Je découvre ce matin un article intéressant de Marc Weitzmann dans le Magazine Littéraire de septembre 2016 (p. 52) à propos du dernier livre de Yamina Reza, chroniqué auparavant ici. Il apporte un regard élargi et plus averti que je ne l'aurais pu sur ce roman (policier ?) insolite (burlesque ?), bien au-delà de la comédie de boulevard à laquelle on peut hâtivement l'assimiler. 
Weitzmann mentionne l'amitié pour l'écrivain hongrois Imre Kertész, leur appartenance commune et le cosmopolitisme : "Le cosmopolitisme d'autrefois n'est plus possible, l'appartenance reste inaccessible – et d'ailleurs non souhaitée", ainsi que "l'anti-Simenon ou l'anti-Colombo" de Reza.

Conseillé si vous avez lu ou projetez de lire "Babylone".


10 octobre 2016

Traduire et trahir

Beaucoup a été exposé ici à propos de la traduction (Le chemin vers l'œuvre et suite), néanmoins, un article de la Nouvelle Quinzaine Littéraire (n°1153, juin 2016, Franck Colotte), apporte quelques notions intéressantes à verser au dossier.

3 mai 2016

Intégrité morale

Semaine paisible, iode et effluves marines, un peu de recul, j'achète la presse française. 

"Marianne" titre "Les lanceurs d'alerte, seuls contre tous", car les gouvernants ne semblent pas vouloir soutenir ni protéger les dénonciateurs de fraude fiscale et d'autres pratiques douteuses. À Bruxelles on prétend lutter contre l'évasion fiscale, à Strasbourg on légifère pour protéger le secret des affaires, duplicité étrange. Luxleaks, Panama Papers, les scandales se multiplient. Antoine Deltour n'a pas envie de collaborer aux pratiques d'optimisation fiscale et dénonce. Stéphanie Gibaud, employée de la banque suisse UBS, rapporte un vaste système frauduleux qui doit permettre à l'État français de récupérer des milliards d'euros ; elle est au chômage. Pierre Hinard, «le paria du bifteck», révèle une pratique de reconditionnement de la viande avariée et est mis à pied. Mais pas de lois pour reconnaître ces citoyens. 

Agacement de qui paie ses taxes, je lance "Marianne" sur la table du salon pour saisir, l'œil déjà béat, mon livre de chevet, le petit recueil "Les Belles lettres" où  Nuccio Ordine propose une année avec les classiques. 

Signet page 27 : Thomas Mann à l'honneur. Les affaires encore, la cupidité, avec une phrase tirée des "Buddenbrook", écrite sur un fronton : "Mon fils, consacre avec joye le jour aux affaires, mais non point à celles qui, la nuit, troubleroient ton sommeil"
Ordine commente : "Éprouvent-ils de la honte du fait de leur déshonneur ou bien, au contraire, s'endorment-ils en songeant avec satisfaction à leur compte en banque bien garni ?

Moi, côté sommeil, ça va.

1 avril 2016

La possibilité de la différence

"Plus je voyage, plus je suis effrayé par le spectacle de la montée de l'indifférence à l'autre. Si on ne répare pas ce lien brisé, on s'avance vers des catastrophes plus grandes encore dont profiteront ceux qui veulent le détruire de part et d'autre, que ce soit du côté de l'extrême droite et des pensées de rejet occidentales comme du côté des djihadistes et des islamistes."

Kamel Daoud (Le Magazine Littéraire - février 2016)


À lire dans ce numéro du Magazine Littéraire, l'entretien probant de Kamel Daoud avec Mathias Énard, l'auteur de "Boussole". 
"L'Arabie Saoudite, c'est un producteur d'énergie fossile et de pensée fossile", ironise le second à propos du Wahhabisme (salafisme). 
"Comment tuer le diable en lui serrant la main ?" questionne l'auteur de "Meursaut contre-enquête", montrant du doigt l'Occident et la famille régnante saoudienne qui finance le clergé.

19 mars 2016

Nouvelles du roman

La pratique de la nouvelle est forte et vivante en Amérique du Sud et aux États-Unis. On y constate pareillement "un roman polyphonique, complexe, ample et puissamment architecturé aux antipodes du roman monologique qui domine dans la littérature française". L'article mentionné veut lier les deux constats.


10 mars 2016

Laïcité : contrastes

Suite aux attentats du 13 novembre à Paris et à la volonté de contrôler l'Islam radical en France, la perspective de revoir la loi de 1905 sur la laïcité suscite les positions de spécialistes. Marcel Gauchet  pense qu'il est souhaitable de réformer la neutralité de l'État afin d'autoriser ce contrôle. À l'opposé, Catherine Kintzler  s'inquiète d'une remise en cause de la séparation de l'État et des Églises. 
Source : Philosophie Magazine [*].
  

10 février 2016

Crimes et châtiments

Tenter de cerner les origines idéologiques et circonstances politiques qui ont présidé aux attentats de Paris le 13 novembre 2015, ainsi que leurs répercussions, conduit à envisager un immense dossier. On peut d'abord déclarer impulsivement comme Laurent Fabius : "Si l'ensemble des pays du monde n'est pas capable d'éradiquer trente mille personnes qui sont des monstres, alors à ce moment-là, c'est à ne plus rien comprendre". C'est simpliste. Partant de Daech, il est opportun de considérer l'ensemble des convulsions qui agitent le monde arabe. En décembre 2015, "Le Monde Diplomatique" y a consacré un dossier bien fait, "Dans l'engrenage de la terreur", qui envisage sept volets en autant d'articles, composantes indispensables d'une information complète (disponibles en ligne, certains articles réservés aux abonnés).